C’est une affaire embarrassante pour Air France. La compagnie aérienne a été condamnée pour discrimination sexuelle par la Commission norvégienne de lutte contre les discriminations (Diskrimineringsnemnda). Lors d’un vol Oslo-Paris en octobre 2022, un passager français, Dominique Sellier, a été contraint de changer de siège pour ne pas être placé à côté de deux enfants voyageant seuls. Cette demande, qu’il a jugée humiliante et infondée, a conduit le voyageur à porter plainte, rapporte Le Parisien le 14 janvier.

Le passager affirme avoir vécu une situation inconfortable lorsqu’il a été déplacé à la demande de l’équipage. «C’était une situation pas très agréable. Les passagers autour me regardaient car ils attendaient que le changement de places soit effectué pour qu’on puisse décoller», a-t-il témoigné mardi auprès de l'AFP. Selon lui, certains regards semblaient suggérer qu’il était perçu comme suspect. «Il y a peut-être une part de projection, mais j’ai interprété certains regards comme disant : ce gars n’est pas net», a-t-il expliqué.

Un règlement controversé

Selon la décision de la Commission, le règlement interne d’Air France stipule qu’en cas de vol complet, il est préférable de placer une femme à côté de mineurs non accompagnés. Une consigne mise en œuvre pour limiter les risques d’agressions, mais jugée discriminatoire par l’instance norvégienne.

Lors de l’audience, l’avocat d’Air France a défendu cette pratique en mettant en avant des statistiques selon lesquelles les hommes représentent près de 98 % des auteurs de crimes et délits sexuels suspectés. La compagnie estime donc que cette mesure est une précaution nécessaire pour garantir la sécurité des enfants. Air France a aussi tenté de contester la compétence du Diskrimineringsnemnda, arguant que l’incident s’était produit à bord d’un appareil non immatriculé en Norvège. Mais cet argument n’a pas convaincu la commission, qui a tranché en faveur du plaignant.

Aucune excuse ni dédommagement

La défense de la compagnie s’appuie sur la nécessité d’assurer la sécurité des mineurs contre des risques tels que le trafic ou les agressions. Toutefois, Dominique Sellier dénonce une mesure sexiste et stigmatisante. «Comment peut-on accepter ce type de suspicion parce qu’on appartient au genre masculin ? C’est une essentialisation des hommes qui me semble aller un peu trop loin», a-t-il réagi.

Bien que la décision de la Commission norvégienne reconnaisse la discrimination subie, Dominique Sellier n’a reçu ni dédommagement ni excuses de la part d’Air France. «Pendant le vol, j’ai juste eu un verre de champagne dans un gobelet en carton», a-t-il ironisé. De son côté, Air France n’a pas souhaité commenter cette affaire.