
L’air des avions peut-elle affecter la santé des personnels de bord ? C’est la question qui se pose après qu’une juge d’instruction du pôle parisien environnement et santé publique a entendu un steward ayant porté plainte contre Air France pour des blessures involontaires liées au «syndrome aérotoxique». Steward pour la compagnie aérienne depuis une vingtaine d’années, ce dernier a déposé à la fin du mois d’avril 2024 une plainte avec constitution de partie civile après avoir fait trois malaises qu’il impute à ce syndrome, rapporte BFMTV. Alors qu’il avait déjà déposé une première plainte pour les mêmes motifs, le parquet de Paris avait pris la décision de la classer au motif qu’il était «impossible d’établir un lien de causalité» entre son état de santé et le syndrome aérotoxique, dont «la démonstration scientifique n’est pas établie».
Entendu le 22 mai dernier par la juge d’instruction, le steward à l’origine de la plainte à expliqué a l’Agence France-Presse monter au créneau pour l’ensemble de sa profession dans «l’omerta». Par cette action en justice, ce dernier explique également vouloir qu’Air France «protège ses salariés» et que soit procédé au changement du «filtrage de l’air». Sollicité par l’AFP, le transporteur tricolore a fait savoir qu’il n’avait pas eu connaissance d’une telle procédure en cours.
Maux de tête, vertiges et problèmes respiratoires
Causé par une exposition importante à l’air pressurisé des avions, les symptômes du syndrome aérotoxique proviendraient surtout des substances toxiques présentes dans cet air, et notamment de l’huile utilisée pour la lubrification des moteurs de l’avion. Les personnes qui y sont durablement exposées ressentiraient ainsi des maux de tête, des vertiges, mais aussi des problèmes respiratoires ou digestifs.
Alors que scientifiquement le débat fait rage - l’Association du transport aérien international (IATA) ayant expliqué en 2018 qu’il n’existe à ce jour aucun lien de causalité avec les symptômes ressentis par les équipages -, en 2017, trois chercheurs ont prôné dans une étude publiée par l’Organisation mondiale de la santé pour la reconnaissance urgente de «cette maladie professionnelle».
Une existence légale donnée par deux décisions de justice
Cette même juge en charge avait également été saisie d’une plainte déposée en 2016 par un pilote de ligne d’Easyjet se disant lui aussi victime du syndrome aérotoxique, Si une expertise judiciaire a permis de conclure que de nombreuses preuves «confirment que des expositions se produisent» et que «les personnels de bord présentent certaines altérations de santé plus fréquente que dans d’autres populations», cette caractérisation n’a pas été jugée suffisante.
Pour autant, dans deux arrêts différents rendus le 10 avril, la cour d’appel de Toulouse a, elle, estimé qu’il est possible d’invoquer «de la littérature scientifique» un lien entre ces désagréments de fumée présents dans les cabines de pilotage «et le syndrome aérotoxique évoqué», reconnaissant ainsi la faute inexcusable de la compagnie aérienne, rapporte franceinfo. Une décision suivie d’une autre le même jour avec la condamnation de la CPAM de la Haute-Loire avec reconnaissance de ce syndrome comme maladie professionnelle. «Il ressort de ces pièces précises et étayées que M.X a bien été exposé dans le cadre de son travail à des TCP à l'origine d'une maladie professionnelle décrite sous le nom de syndrome aérotoxique», a estimé la cour d’appel toulousaine.
















