Le verdict est tombé. Deux ex-employées d’une crèche du groupe People & Baby ont été condamnées à 10 mois de prison avec sursis pour des violences sur neuf enfants au total. L’ancienne directrice de l’établissement situé à Villeneuve-d’Ascq (Nord) a écopé d’une interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs pendant trois ans. Quant à l’ex-infirmière de 35 ans, jugée à ses côtés lundi 7 octobre au tribunal de Lille, elle a elle aussi été condamnée à une interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs pendant cinq ans après avoir été reconnue coupable de violences sur huit enfants.

Les deux anciennes salariées étaient accusées de «violences physiques ou psychologiques commises sur des enfants en bas âge» et «privations d’aliments ou de soins au point de compromettre la santé d’un enfant». Les faits remontent de septembre 2019 à mai 2021. Les mineurs concernés avaient entre quatre mois et trois ans. Le procès maintes fois reporté s’est déroulé en pleine tempête médiatique. Il s’est ouvert le 23 septembre quelques jours après la parution du livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet. Les avocats de la défense avaient d’ailleurs demandé le renvoi de l’audience à son ouverture dénonçant un «rouleau compresseur médiatique». Le tribunal de Lille a maintenu l’audience mais a accordé un huis clos à la demande des parties civiles. «Ce n’était pas le procès de People & Baby. Il n’était pas question de faire de ces deux-là les fusibles de tout un système dénoncé», avait déclaré l’avocate de l'infirmière condamnée Fatima En-Nih, à l’issue de l’audience, rapporte l’AFP.

Les crèches privées, un système mis en cause par plusieurs enquêtes

Dans son enquête, Victor Castanet relate plusieurs témoignages de parents de jeunes enfants accueillis au sein d’une crèche du groupe. People & Baby a déjà été marqué en 2022 par le décès d’une enfant après qu'une auxiliaire de puériculture, «excédée par les pleurs de la fillette de 11 mois», lui ait fait ingérer du «déboucheur W-C». Dans Les Ogres, le journaliste souligne les conditions de travail déplorables des salariés et fait état des mauvais traitements dont ont été victimes plusieurs des enfants accueillis dans ces établissements.

People & Baby a été cofondé en 2004 par Christophe Durieux et Odile Broglin et compte presque 600 adresses en France. De manière plus générale, le système des crèches privées a déjà fait l'objet de plusieurs enquêtes qui ont révélé ses failles. Deux livres enquêtes ont été publiés en 2023, Babyzness - Crèches privées : l’enquête inédite (éditions Robert Laffont) par Bérangère Lepetit et Elsa Marnette et Le Prix du berceau : ce que la privatisation des crèches fait aux enfants (éditions du Seuil) par Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), paru la même année, met en garde contre la «maltraitance institutionnelle» au sein des crèches privées et exige un «changement culturel» au sein de ces établissements.

People & Baby ouvre une procédure de sauvegarde accélérée

Le groupe de crèches People & Baby est également visé par une enquête après une plainte de l’association Anticor, pour escroqueries et détournement de fonds publics. Il a annoncé mardi 19 novembre ouvrir une procédure de sauvegarde accélérée pour renforcer sa structure financière. «Pour protéger les enfants accueillis dans ses crèches, les salariés et l’activité elle-même, la direction de People & Baby a pris la décision saine et nécessaire de solliciter la protection du Tribunal de Commerce de Paris en demandant l’ouverture d'une procédure de sauvegarde accélérée à son bénéfice», souligne le groupe dans un communiqué. Cette procédure s'étalera sur «deux à quatre mois et permettra au groupe de restructurer son passif». «Depuis plus d’un an, People & Baby évolue dans un contexte financier extrêmement tendu, se maintenant à flot grâce au soutien régulier de son créancier principal, Alcentra», rappelle People & Baby. «Cette décision forte est le reflet de notre volonté de nous donner les moyens de refonder People & Baby», a déclaré le président du groupe Philippe Tapié, cité dans le communiqué.