«Les réseaux de stups ? De véritables entreprises avec leurs ressources humaines, leurs approvisionnements, leur logistique, leur marketing, leurs finances, etc.» Parole de flic. Car le commandant divisionnaire Thierry Pezennec connaît son sujet sur le bout des doigts. Patron du GIR national (groupe interministériel de recherche de la police judiciaire), il supervise l’action des 41 équipes locales d’enquêteurs et d’agents du fisc chargées de faire les poches des marchands de came en décortiquant leur patrimoine et leur train de vie.

«Follow the money», «suivre l’argent», le mantra centenaire des policiers américains aux prises avec le crime organisé n’a jamais été autant d’actualité. «L’accroissement de la lutte contre l’économie souterraine et les circuits de blanchiment» figure parmi les six objectifs assignés par le ministère de l’Intérieur à l'Office anti-stupéfiants (Ofast) lors de sa création en 2019. Dans cette guerre, tous les services de police et de gendarmerie sont mobilisés, bien sûr, mais aussi Tracfin, le service de renseignement de Bercy chargé notamment de la détection des opérations douteuses.

«La déferlante stups met l’ensemble des forces de l'ordre au pied du mur», résume un commissaire. Aucune ville, aucune campagne n’est épargnée. Les règlements de comptes font toujours plus de victimes. Et le monde politique s’émeut. Une commission d’enquête sénatoriale planche depuis novembre 2023 sur l’impact du narcotrafic en France. A l'Assemblée nationale, une mission d’information s’interroge, elle, sur l’efficacité de la politique de lutte contre les stupéfiants.

Sur la piste du cash

Les saisies de produits ont beau s’inscrire en hausse, elles ne découragent pas les dealers. Pour entraver leurs activités, les enquêteurs s’efforcent donc de les frapper au portefeuille en les empêchant de rendre licites leurs gains. Donc de rémunérer leurs fournisseurs et leur personnel – logisticiens, chouffeurs (guetteurs), charbonneurs (vendeurs) et nourrices (ceux qui entreposent temporairement les marchandises et les billets). Or, sans argent, impossible de se réapprovisionner, donc de continuer à faire des affaires.

Signe de cette nouvelle priorité, la ville de Nîmes (Gard), gangrenée par le trafic, a accueilli début janvier 2024 le 41e GIR de France. Mission de ces structures, nées en 2002, qui mêlent policiers, gendarmes, douaniers et agents du fisc : cibler le patrimoine des dealers locaux et les empêcher de recycler leurs bénéfices. Leurs armes favorites : la non-justification de ressources (l’incapacité à expliquer son train de vie, tout en étant «en relation habituelle» avec des délinquants) et, depuis 2013, la présomption de blanchiment qui n’exige plus l’établissement d’un lien avec le commerce de drogue.

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