
L’intendance pourra-t-elle suivre ? En évoquant cet hiver l’impérieuse nécessité d’accroître nos dépenses militaires pour faire face à la menace russe et au risque historique de voir les Etats-Unis abandonner leurs alliés européens, Emmanuel Macron a donné des sueurs froides au gouvernement. Au lieu des 50,5 milliards d’euros prévus cette année (sans compter les pensions) et qui doivent passer à 67,4 milliards d’ici à 2030 selon la loi de programmation militaire, un budget «convenable» de 90 milliards d’euros a en effet été évoqué par le ministère des Armées. Même si l’effort ne paraît pas démesuré, surtout en tenant compte de l’impact économique positif de ces dépenses, il ne sera pas commode de trouver pareille somme. Bercy s’est d’ailleurs empressé de freiner les ardeurs dépensières de l’Elysée.
Augmenter les impôts ? Très impopulaire dans un pays qui bat des records de prélèvements obligatoires (42,8% du PIB en 2024 selon l’Insee) et qui a déjà prévu des hausses cette année auprès des ménages les plus aisés et les grandes entreprises pour éponger le déficit public. Avec 5,8% du PIB, celui-ci dépasse déjà largement le seuil de 3% autorisé par la Commission européenne et qui nous vaut de sa part une procédure pour déficit excessif. Emprunter davantage ? Cela contribuerait à creuser ce fameux déficit, donc in fine notre dette publique déjà abyssale (3 305 milliards d’euros fin 2024, soit 113% du PIB). Certes, Bruxelles a décidé de se montrer tolérant face à ces nouvelles dépenses qui ne seront pas incluses dans le calcul du seuil maximal de déficit autorisé jusqu’à hauteur de 1,5% du PIB pendant quatre ans. Mais nous sommes déjà au-dessus !
Trop généreuse ? Reste alors pour l’Etat une option plus douloureuse : faire des économies. Il pourrait commencer par les volumineuses dépenses sociales, qui représentaient, en 2023, 57% des dépenses publiques contre 4% pour celles consacrées à la défense, selon une étude récente du sociologue Julien Damon. A écouter nos pouvoirs publics, on n’en prend pas le chemin. Pourtant, ce serait l’occasion de se montrer ferme sur la réforme des retraites par exemple, d’autant que la Cour des comptes a calculé récemment les surcoûts de tout retour en arrière sur l’âge de départ ou le nombre de trimestres de cotisation et, à l’inverse, les gains qu’une nouvelle réforme offrirait.
Par ailleurs, «la comparaison avec nos voisins montre que, sur un certain nombre de points, la France est plus généreuse comme pour le traitement du chômage, les aides au logement ou encore la prise en charge de certains services dans l’enseignement et la santé», souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management. Mais il n’est pas simple de se déshabituer à vivre dans le pays d’Europe le plus prolixe en prestations sociales.
La nécessité de produire davantage
Pour éviter de trop toucher à notre modèle social, il y aurait bien une dernière solution : «Produire davantage en améliorant notre taux d’emploi nous redonnerait de la marge de manœuvre financière, estime l’économiste Patrick Artus. Trop d’écart persiste par rapport notamment aux pays d’Europe du Nord.» Ainsi, seuls 58,4% des 55-64 ans travaillent encore en France, contre 74,7% en Allemagne ou 78,1% en Suède. Même phénomène en début de carrière : 35,2% des 15-24 travaillent en France, contre 57% au Danemark ou 76,5% aux Pays-Bas. Cela tombe bien : le secteur de la défense nationale a besoin de monde...
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