Pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, blocage du Canal de Suez ou du détroit d’Ormuz. Depuis un peu plus de cinq ans, les crises internationales se succèdent et ne se ressemblent pas. Mais sur le continent européen, elles ont toutes produit les mêmes effets : ruptures d’approvisionnement, augmentations tarifaires, allongement des délais de livraison. Autant de conséquences qui pointent avec force une réalité : l’économie européenne est dépendante des importations de matières premières. Une vulnérabilité particulièrement frappante dans le secteur des emballages : l’UE importe massivement de l’énergie, des résines plastiques, de l’aluminium, des papiers produits hors d'Europe pour fabriquer des emballages et contenants à usage unique, jetés sitôt utilisés. A l’heure où l’incertitude géopolitique s’installe, il est essentiel de repenser ce modèle et de sécuriser les approvisionnements. Et si les ressources étaient déjà là ?

Le réemploi, un pas vers la réduction de la dépendance aux importations

« Face à l’instabilité géopolitique, l’économie circulaire est l’assurance-vie de l’Europe », souligne Jean Hornain, directeur général de Citeo*. Car le paradoxe est bien réel : « nous [les Européens] importons l’essentiel de nos matières premières, tout en produisant un gisement considérable de déchets valorisables, dont le potentiel reste largement inexploré ». Un emballage réemployé fait plusieurs rotations. C’est autant de matériaux et d’énergie que l’on peut éviter d’importer pour en produire un nouveau. Le réemploi agit donc directement sur le volume de matières premières nécessaires… et sur l’emploi. Car cette filière par nature ancrée sur le territoire crée naturellement une activité non délocalisable (lavage, tri, reconditionnement) en lieu et place d’une importation. Les chiffres sont éloquents : en France, elle mobilise 9000 emplois en 2024 et une hausse de 20% est attendue en 2026. A l’échelle européenne, « l’économie circulaire préserve autant notre liberté que notre prospérité. Elle crée déjà 800 000 emplois non délocalisables au sein de l’UE (…) et permet la réindustrialisation de l’Europe ».

Une solution anti-crise : des coûts plus prévisibles et mieux maîtrisés pour les entreprises

Le réemploi permet aux entreprises de s’affranchir de la volatilité du coût des matières premières. C’est précisément ce dont elles ont besoin dans un contexte changeant. « Sans emballage, pas de produit » rappelle Célia Rennesson, co-fondatrice et directrice générale de Réseau Vrac et Réemploi. « Mais un emballage jetable représente une charge importante : sa fabrication est soumise aux variations du prix des matières premières et de l’énergie. Il faut ensuite traiter le déchet qu’il devient, et ce coût est supporté par les professionnels, les collectivités et les citoyens. C’est pénalisant pour toute l’économie. A l’inverse, un emballage réemployable est un actif stratégique, qu’il faut gérer (retour, lavage, stockage, remise en circulation) mais dont le coût est maitrisé ». Transformer un coût en actif, c’est déjà une réalité pour de nombreux acteurs économiques : palettes, bacs plastiques, IBC, fûts inox et bacs gastronomes opèrent depuis des décennies avec des taux de retour moyen de 96 %, des milliards d’unités en circulation et des économies d’échelle prouvées**. En face, les consommateurs sont prêts : « 91% des Français réutilisent des emballages qu’ils ont conservés d’un autre achat*** » souligne Célia Rennesson.

Un marché en pleine accélération

Reste à faire du réemploi des emballage la règle et non plus l’exception. La massification des volumes et la standardisation au niveau européen sont des conditions essentielles du passage de la filière à l’échelle industrielle, tout comme la mutualisation des infrastructures et la mise en place d’une traçabilité pour suivre les contenants, les rotations, les coûts, etc. La réglementation évolue en ce sens : en France, la loi AGEC fixe un objectif de 10 % d’emballages réemployés, tous secteurs confondus, d’ici 2027 ; le règlement européen PPWR et la REP EPRO, applicables en 2026, imposent de nouvelles obligations en la matière. Les investissements sont portés par la même dynamique : l'ADEME a mobilisé plus de 46 M€ depuis 2019, Citeo et Adelphe ont engagé plus de 175 M€ cumulés entre 2023 et 2025 sur toute la chaine de valeur — infrastructures de lavage, emballages standardisés, dispositif mutualisé interopérable ReUse**, montrant qu’il ne s’agit plus de financer des expérimentations, mais bien une industrie.

*Tribune collective L’économie circulaire est l’assurance-vie de l’Europe, co-signée par Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Estelle Brachlianoff, directrice générale de Véolia, Jean Hornain, directeur général de Citéo et Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U parue dans Les Échosle 20 avril 2026.

**Baromètre économique du vrac et du réemploi des emballages, Deloitte pour Citéo et Réseau Vrac et Réemploi - Mai 2026 - Édition 2

*** étude NielsenIQ 2026 pour Réseau Vrac et Réemploi