Pour l’internaute en quête de sensations, 2020 aura produit des histoires fortes. Comme cette image de dauphins barbotant dans les canaux de Venise, cité débarrassée de ses touristes en pleine pandémie. Hélas, l’info était fausse. Toute l’année, d’autres intox nettement moins anodines ont fait le miel des sites complotistes et de leurs relais sur les réseaux sociaux. Les aficionados de QAnon ont soutenu mordicus que Joe Biden appartenait à un réseau satanique pédophile, dont l’objectif était de dominer le monde (un peu comme dans les vieux James Bond).

Des centaines de milliers de Français se sont laissé convaincre qu’Emmanuel Macron était une marionnette téléguidée par une poignée de généraux, et la vaccination anti-Covid un habile procédé pour nous injecter en douce de minuscules puces électroniques, selon un plan secret de Bill Gates. Quant au scrutin présidentiel américain, les preuves qu’il a été truqué ont couru les réseaux, de la prétendue intervention du Venezuela sur les opérations électorales aux machines à voter sciemment vérolées par les démocrates, en passant par ce supposé raid de l’armée américaine sur des serveurs informatiques basés à Francfort, censés contenir des informations cruciales sur les véritables suffrages…

Ces élucubrations pourraient prêter à sourire si leur impact n’était pas aussi massif. Mais, toutes les études le confirment, la croyance de plus en plus répandue dans les théories du complot génère des conséquences économiques considérables – souvent dramatiques pour les populations les plus vulnérables. Pour Roberto Cavazos, professeur à l’université de Baltimore, "la prolifération des fake news est liée au développement d’un marché publicitaire en ligne ultrajuteux et ultracompétitif. Tout ce qui est extrême et sensationnaliste attire les clics, donc gonfle les revenus. Du coup, des myriades de supports non identifiés produisent des contenus à la chaîne, et ces mauvaises informations entraînent de mauvaises prises de décision".

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