Bientôt des frais supplémentaires pour les Français refusant le compteur Linky ? En France près de 95% des foyers sont équipés d’un compteur Linky, soit 37,2 millions de petits boîtiers verts installés. Les calculs sont donc simples : 5% des habitations, soit environ 2 millions, n’en disposent toujours pas. Jusqu’à présent, les personnes refusant l’installation du compteur proposé par Enedis pouvaient transmettre elles-mêmes leur index de consommation une fois par an, échappant ainsi à des pénalités financières. Mais cette tolérance prendra fin le 1er août 2025.

Au-delà de cette date, des frais de relève seront facturés, afin de couvrir notamment le maintien des systèmes informatiques et les interventions manuelles nécessaires. Ainsi, les réfractaires devront payer des frais supplémentaires, tous les deux mois : une part fixe de 6,48 euros (hors taxes) sera facturée pour la gestion de leur ancien compteur. S’ajouteront à cela 4,14 euros (hors taxes) si aucun relevé de consommation n’a été transmis depuis plus d’un an.

Pourquoi certains Français refusent toujours le compteur Linky

Lundi 12 mai, Capital a lancé un appel à témoignages : malgré la hausse possible de vos factures, vous refusez son installation ? Vous avez été nombreux et nombreuses à réagir. Parmi les préoccupations les plus fréquemment évoquées : la protection des données personnelles. Jean-Luc, par exemple, est catégorique : «Je n’ai pas envie qu’Enedis collecte des données privées sur ma consommation électrique.» Pour lui, la question est devenue un combat personnel. Il y a quelques années, après son déménagement, le chef d’entreprise ajoute un critère supplémentaire lors des visites : trouver une maison sans compteur Linky. Outre la surveillance de sa consommation, qui préoccupe déjà Jean-Luc, d’autres aspects le dérangent, notamment le risque de pollution électromagnétique.

D’autres personnes évoquent la question de l’emplacement imposé du boîtier à l’intérieur des habitations. Nadège, par exemple, s’oppose à une installation dans son salon. Hervé refuse que le compteur soit placé dans sa chambre, tout comme Nicolas, qui s’inquiète de la proximité du compteur avec ses toilettes.

La transmission des données par le réseau électrique via la technologie CPL (courant porteur en ligne) suscite des inquiétudes. Thierry, par exemple, s’oppose à l’installation «d'un appareil dont la fiabilité manque de "lumière" et sur les risques sanitaires que celui-ci pourrait provoquer sur notre santé». De son côté, Grégory s’inquiète pour la santé de son fils, déjà atteint de troubles du spectre autistique. Selon lui, l’installation du compteur «perturberait le sommeil de (son) fils électrosensible, qui souffre déjà de troubles du sommeil». Le père de famille dénonce également une injustice : «Il est discriminatoire de devoir payer une "taxe sur la santé" sous prétexte de la relève manuelle que nous continuerons d'effectuer par nous-mêmes.»

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) s’est donc penchée sur la question sanitaire des compteurs Linky. En mai 2023, l'agence rappelait que les compteurs Linky «communiquent de façon filaire, via le réseau de distribution d’électricité, par la technologie du courant porteur en ligne (CPL), avec des points relais rassemblant les informations de consommation». Comprenez, les données sont transmises directement par les câbles électriques, et non par Wi-Fi ou ondes hertziennes.

Comment fonctionne le compteur Linky ?

Comme le détaille Enedis sur son site internet, le CPL est une technologie filaire qui s’appuie sur le réseau électrique basse tension, qui n’utilise pas de radiofréquences. Ce système permet notamment de transmettre le signal heures pleines/heures creuses, et alimente divers équipements du quotidien comme les babyphones, les volets roulants ou encore les portes d’ascenseur. Dans son avis de 2023, l’Anses «confirme qu’il est très peu probable que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs Linky puisse engendrer des effets sanitaires à court ou long terme». Selon l’agence, l'exposition aux ondes serait équivalente à celle d'un chargeur de smartphone ou d’une plaque à induction.

Linky et ondes radio : un boîtier au cœur des débats

Il est important de distinguer deux éléments sur votre boîtier : le compteur Linky que vous connaissez et le module optionnel : l'émetteur radio Linky (ERL). Celui-ci se branche sur la prise TIC, «prise secrète» de votre compteur Linky, qui permet de collecter en temps réel les données sur votre consommation électrique. Ce petit émetteur, quant à lui, utilise des ondes radio qui «ne sont ni plus ni moins que des ondes Wi-Fi», résume Engie sur son site internet. Concernant l’intensité du champ électrique de ce module, elle s’est révélée plus faible que celle d’une box Wi-Fi en activité mesurée à la même distance.

Une exposition aux ondes pouvant parfois accentuer le risque d’électrosensibilité. En 2024, France 3 Régions rapportait que Joseph Cascina, était le premier plaignant à remporter un procès contre Enedis, obligeant l'entreprise à retirer son compteur Linky et de remettre un modèle plus ancien. L’électrosensibilité se définit par exclusion : cette intolérance aux champs électromagnétiques (tels que ceux émis par les téléphones, les antennes, etc.) est identifiée lorsque les symptômes apparaissent sans qu’aucune autre cause médicale ne puisse être établie. L’Anses estime que ce mal touche environ 3,3 millions de Français.

Contacté par Capital, Enedis dit «rester à l’écoute de tous ses clients et favorise le dialogue permanent avec les clients qui se déclarent électro-hypersensibles». Ajoutant également que «les différentes mesures réalisées par des laboratoires indépendants ont montré que le compteur Linky ne représente aucun danger, ni pour la santé, ni pour l’environnement». Mais pour notre lecteur Jean-Luc, rien n’y fait, s’il devait passer au compteur Linky son «dernier recours serait de devenir autonome en production d'électricité et de se couper du réseau électrique actuel».