
«Je tiens à jour un tableau Excel qui recense toutes les candidatures que j’ai envoyées, avec un code couleur qui diffère en fonction des réponses reçues. Je suis obligé d’être très organisé, sinon je risque de m’y perdre très rapidement.» Depuis l’obtention de son diplôme d’avocat en novembre 2024, Maryan, 27 ans, passe toutes ses matinées à consulter des offres de poste de cabinets d’avocats, retoucher son CV ou écrire des lettres de motivation. Malgré un parcours brillant et un Bac+7 en poche, sa détermination sans faille et une recherche quotidienne, le jeune diplômé ne parvient pas à décrocher un premier job. «J’ai envoyé plus de 400 CV depuis le mois de novembre, qui sont restés pour la plupart sans réponse. Malgré quelques entretiens passés, je n’ai toujours pas de travail six mois après ma sortie d’école. Moralement, ce n’est pas facile.»
Maryan est loin d’être un cas isolé. Selon une étude publiée au mois d’avril par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), les recrutements des jeunes diplômés sont en net recul. Les embauches de cadres ont en effet reculé de 8% sur un an en 2024, à 303 400, et la situation devrait continuer de se dégrader en 2025, avec un volume de recrutements qui devrait repasser sous les barres des 300 000. Forcément, ce ralentissement spectaculaire des recrutements, qui s’explique par la réticence des entreprises à investir dans un contexte économique instable, pénalise en premier lieu les jeunes diplômés. Ces derniers sont en effet de plus en plus nombreux à rencontrer de grosses difficultés pour s’insérer sur le marché du travail, à tel point que 30% d’entre eux sont contraints d’occuper des emplois sous-qualifiés.
Une concurrence féroce
Titulaire d’un master 2 en droit des affaires, Maryan savait que la recherche d’emploi serait compliquée à la sortie d’école, notamment pour intégrer les cabinets les plus prestigieux de la capitale. «La concurrence est féroce sur les cabinets qui ont une grande réputation, les places sont très chères. Pour intégrer ces cabinets, il est souvent indispensable d’avoir fait une école de commerce ou Sciences Po en plus de l’école d'avocat, ce qui n’est pas mon cas», poursuit-il. Le jeune diplômé postule également pour des structures de petite taille, situées en Ile-de-France, région qui concentre l'essentiel des cabinets d'avocats. Pour le moment, sans succès. «Je reçois souvent des mails automatiques pour me dire que si je n’ai pas de réponse d’ici quatre semaines, ma candidature n’a pas été retenue. C’est très frustrant», regrette- il.
Bien sûr, Maryan a conscience qu’il est très difficile pour les jeunes avocats de lancer leur carrière, même après de longues et brillantes études. «En moyenne, les jeunes avocats diplômés ont besoin de 6 à 12 mois pour trouver un premier job. Ce chiffre peut même monter facilement jusqu’à 18 mois. Il est important de s’en rappeler pour ne pas trop se remettre en questions et éviter de se sentir abattu.»
Pour ne rien arranger, Maryan doit désormais faire face à une autre difficulté. La période des recrutements est terminée, et le nombre d'emplois disponibles pour les avocats sortis d’école est de moins en moins élevé au fil des semaines. «En ce moment, quand je me connecte à un site spécialisé d’offres d’emploi pour avocats, il y en a seulement une disponible par jour, voire aucune. Je ne désespère pas mais c’est de plus en plus compliqué», soupire Maryan.



















