Une grande figure de la gauche disparaît. Lionel Jospin, ancien Premier ministre et pilier du Parti socialiste, est décédé à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille ce lundi 23 mars à l’AFP. A la tête du gouvernement de cohabitation de 1997 à 2002, il avait vu sa carrière politique s’interrompre brutalement après son échec au premier tour de l’élection présidentielle le 21 avril 2002. En janvier dernier, Lionel Jospin avait fait savoir qu’il avait subi «une opération sérieuse», sans donner davantage de précisions.

Réputé pour sa discrétion et son austérité, il laisse le souvenir d’un homme engagé dans un socialisme réformiste et constant pendant près de quarante ans. Né le 12 juillet 1937 à Meudon (Hauts-de-Seine), diplômé de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA, Lionel Jospin a exercé de nombreuses responsabilités au sein de la gauche française. Longtemps élu local et député, il fut également deux fois premier secrétaire du Parti socialiste (1981-1988 et 1995-1997) et ministre de l’Education sous François Mitterrand.

35 heures, emplois-jeunes, CMU… des réformes phares

Sa nomination au poste de Premier ministre, en 1997, résulta de la «vague rose» qui suivit la dissolution ratée de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac. A la tête de la «gauche plurielle», il a mené plusieurs réformes emblématiques : la réduction du temps de travail à 35 heures, la mise en place du Pacte civil de solidarité (Pacs), les emplois-jeunes et la couverture maladie universelle. Malgré ces avancées, la gauche ne parvint pas à remporter la présidentielle suivante.

Le 21 avril 2002 restera un moment historique : lors d’une élection à 15 candidats, Lionel Jospin se classe troisième, derrière Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, provoquant son retrait définitif de la vie politique. Fidèle à sa discrétion, il refusa ensuite les honneurs et les tribunes publiques, se consacrant à l’écriture et à la réflexion. Il fut néanmoins membre du Conseil constitutionnel de 2015 à 2019, sa seule fonction officielle après 2002.

Sur le plan personnel, Lionel Jospin avait divorcé d’Elisabeth Dannenmuller et avait épousé en 1994 la philosophe Sylviane Agacinski, élue à l’Académie française en 2023. Lionel Jospin laisse le souvenir d’un dirigeant discret mais influent, qui a marqué profondément la gauche française et la vie politique du pays.