Le téléphone n’arrête pas de sonner dans l’arrière-boutique de Carrément Fleurs. Mais pas de quoi déconcentrer Yolande Menut. Débit de mitraillette, les yeux rivés sur ses tableurs, la gérante refait sa comptabilité à la virgule près. «Les dettes Urssaf, c’est déjà 10.000 euros, qui ont plombé la trésorerie d’un coup en janvier. J’avais obtenu le report du loyer par mon propriétaire, donc, aujourd’hui, il faut compter 672 euros de rattrapage en plus du loyer lui-même. Et il me reste 36.665,70 euros de PGE à rembourser. Tout additionné, ça fait beaucoup…», énumère la fleuriste de Décines-Charpieu, en banlieue lyonnaise. D’autant plus que l’entreprise subit de plein fouet la hausse des prix et le ralentissement de l’activité: jusqu’à 88% d'augmentation pour des roses ou des bonnys, quand le panier moyen des clients, lui, a baissé de 7%.

Pour éviter de finir sous l’eau, et espérer honorer ses créances, Yolande Menut n’a d’autre choix que de recentrer son business sur les catégories de fleurs les plus demandées et d'annuler d'importantes campagnes de pub. «Ça fait moins parler de nous, c’est à double tranchant. Mais à un moment, je ne peux plus payer la note», soupire-t-elle. Et elle n’est pas la plus à plaindre: à quelques encablures, un restaurateur de la région qui préfère garder l’anonymat a dû, lui, mettre la clé sous la porte. «La vente du local va nous permettre de solder ce qui reste de PGE à rembourser», se résigne ce patron.

Avec ses trois lettres capitales, le PGE, ou prêt garanti par l’Etat, n’a donc pas fini de faire parler de lui. Souvenez-vous, c’était l’un des instruments que le gouvernement avait sortis de son chapeau pour passer la tempête Covid, au milieu d’une batterie de mesures comme le chômage partiel ou le fonds de solidarité. Ces prêts accordés par les banques à prix coûtant, et donc à des taux très avantageux, moyennant une caution publique comprise entre 70 et 90% de leur montant, ont bénéficié à près de 700.000 entreprises, et jusqu’à hauteur de 25% de leur chiffre d’affaires. Soit un encours total de 143 milliards d’euros. Une grosse bouée de sauvetage qui donne aujourd’hui des sueurs froides aux patrons. Car après deux années blanches où beaucoup ont pu bénéficier d’un report – plus de 56% des bénéficiaires avaient souhaité profiter de ce sursis l’année dernière –, l’heure est désormais venue de rembourser.

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