L’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a pointé du doigt la Chine dans son rapport, du lundi 1er juin, relayé par Les Echos. Le pays est accusé de subventionner massivement ses industries par rapport aux autres pays de l’organisation. «Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne trois à huit fois plus de soutien gouvernemental que les entreprises basées dans les pays de l'OCDE», indique le rapport, précisant qu’elles sont «considérablement plus élevées» que les aides publiques reçues par les entreprises d'autres pays émergents (Brésil, Indonésie…). Les secteurs de l’acier, des semi-conducteurs ou encore des panneaux solaires sont concernés.

Ce constat n’est pas une surprise puisque, depuis 2005, la Chine est chaque année la première nation en termes de subventions accordées aux quinze secteurs étudiés par les économistes de l’OCDE, même si une politique industrielle volontariste et de subventions semble faire son retour un peu partout sur le globe. En 2024, les aides distribuées aux entreprises chinoises ont atteint plus de 3% de leur chiffre d’affaires contre 0,5% en Europe et un peu plus de 1% en Amérique du Nord. «Dans certaines industries, cela signifie que la marge est doublée. C'est une concurrence très déloyale», affirme Marion Jansen, directrice du département des échanges et de l'agriculture de l'OCDE.

Les subventions publiques atteignent des records

Dans certains secteurs, comme le solaire ou les semi-conducteurs, les soutiens de l’État atteignent même plus de 3% du chiffre d'affaires. Par ailleurs, près de 60% des gains de parts de marché mondiale des entreprises chinoises peuvent être dus aux subventions. Au global, le soutien aux industries a atteint, avec 108 milliards de dollars en 2024, un plus haut niveau depuis la crise des subprimes en 2008, rappelle l’étude.

Avec ces aides, les entreprises chinoises ont plus de marge de manœuvre financière pour investir dans de nouveaux sites de production, de temps pour parvenir à la rentabilité, ou de résistance aux vents contraires. Mais cela amène aussi à des surcapacités de production, entraînant les tarifs mondiaux vers le bas au détriment des autres acteurs internationaux. Avec ce rapport, l’OCDE souhaite aussi dénoncer le rôle de l’organisation mondiale du commerce (OMC) qui n’aurait pas pris assez au sérieux l’ampleur du phénomène.

L'OMC saisie par plusieurs pays

Plusieurs pays ont déjà saisi l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour dénoncer des subventions jugées indues, mais ces procédures n’ont jamais véritablement abouti. C’est notamment ce qui explique le blocage de l’organe d’appel de l’organisation par les États-Unis depuis 2016 : Washington empêche le remplacement des juges chargés d’examiner les recours dans les différends commerciaux entre États, souligne Marion Jansen. La directrice du département des échanges et de l’agriculture de l’OCDE espère désormais que les données publiées ce lundi pourront alimenter les futures négociations au sein de l’OMC.