Le produit intérieur brut (PIB) français a reculé de 0,1% au premier trimestre par rapport au dernier trimestre de 2025, a indiqué vendredi dans ses résultats détaillés l'Insee, qui avait initialement annoncé une croissance nulle de janvier à mars, période où a démarré la guerre au Moyen-Orient. Cependant, ce recul paraît être dû davantage à des causes internes à la France qu'à ce conflit déclenché le 28 février, ont en substance expliqué des responsables de l'Insee à la presse. Tant la demande intérieure que le commerce extérieur ont pesé sur la croissance au premier trimestre, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques. Seules les variations de stocks ont atténué la baisse du PIB.

Lors d'un point de presse après la publication de ces données, Marie Leclair, cheffe du département des Comptes nationaux, a indiqué que «la révision à la baisse n'était pas liée à un mois de mars plus pénalisé par la guerre que ce qu'on avait imaginé». Par exemple, a-t-elle expliqué, «on pensait fin mars que les services de transport seraient plus pénalisés, or, ce n'est pas finalement ce que nous observons». Interrogé sur un risque de récession technique - deux trimestres consécutifs de recul du PIB - au deuxième trimestre, Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l'Insee, a convenu que le recul du premier trimestre était lui-même «une mauvaise surprise». Il a relevé néanmoins que les résultats des premiers mois de l'année montraient «des surprises sectorielles, dont on peut penser qu'elles sont ponctuelles», comme «les très mauvais chiffres sur la rénovation des logements». «C'est très rare que ce secteur-là baisse autant», a-t-il dit. Au vu des dernières enquêtes réalisées auprès des chefs d'entreprises, «le plus probable à ce stade n'est quand même pas un nouveau repli du PIB» au deuxième trimestre, a-t-il estimé. Néanmoins on «peut s'attendre à ce que le choc se diffuse» dans l'économie, a-t-il averti.

Le taux d'épargne des ménages augmente encore, le taux de marge des entreprises baisse nettement

L'Insee, dans sa dernière note de conjoncture parue en mars, misait sur une croissance de 0,2% à la fois au premier et au deuxième trimestres, sans être pour autant l'institut le plus optimiste. Sa nouvelle note, tenant compte de la nouvelle situation, sera publiée à la mi-juin. De janvier à mars, la consommation des ménages a baissé de 0,2% par rapport au quatrième trimestre 2025, sous l'effet notamment d'un repli de la consommation en énergie, a expliqué l'Insee. L'investissement s'est replié nettement aussi (-0,6%), notamment celui en construction (-1,7%). Au total, la demande intérieure (hors stocks) a contribué à hauteur de -0,2 point à la croissance du PIB au premier trimestre. Les exportations ont reculé fortement (-3,5%) sous l’effet de la baisse des exportations d'avions. Les importations ont aussi diminué (-0,9%). Au total, la contribution du commerce extérieur à l’évolution du PIB est nettement négative (-0,9 point).

Seule la contribution des variations de stocks à l’évolution du PIB est nettement positive ce trimestre (+1 point). Parallèlement, ce qui n'est pas non plus une bonne nouvelle pour la consommation à venir, le taux d’épargne des ménages, déjà très élevé en France, a encore augmenté, passant de 17,7% à 17,9%. Enfin, le taux de marge des entreprises a baissé nettement au premier trimestre, s'établissant à 31,7% de leur valeur ajoutée, après 32,5% au trimestre précédent.