Une belle prise. Plus d'une tonne de cannabis a été saisie à Bédenac, en Charente-Maritime, le 21 octobre. Deux chauffeurs routiers ont été interpellés, soupçonnés d'avoir dissimulé la drogue dans des matelas, selon le parquet de Rennes. La prise est significative : près de 988 kg de pollen de cannabis et plus de 240 kg d’herbe. Si cette découverte relance les débats sur le trafic de stupéfiants, la question de la législation du cannabis reste, elle, figée en France.

En 2021, la France a ouvert timidement la porte à l'usage médical du cannabis à travers une expérimentation. Toutefois, sur le plan récréatif, le pays campe sur une position prohibitive. Cette politique rigide contraste avec d’autres pays européens, où des démarches de légalisation ou de dépénalisation sont en cours.

Encore une fois, la France fait figure d’exception en Europe. Le débat sur le cannabis n’avance pas, pire encore, certains politiques se refusent à l’ouvrir. En 2020, l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait martelé : «La drogue, c’est de la merde, on ne va pas légaliser cette merde.» Alors que plusieurs pays voisins ont entamé des démarches de légalisation ou de dépénalisation, l’Hexagone reste fermement opposé à tout assouplissement. Pourtant, la France est régulièrement pointée comme le plus gros consommateur de cannabis en Europe. Son taux d'expérimentation est passé de 12,7 % en 1992 à 50,4 % en 2023, soit un adulte sur deux en a consommé au moins une fois dans sa vie, selon l'observatoire français des drogues et des tendances addictives.

Légaliser ou criminaliser, le cannabis à la table des discussions en Europe

Malgré cette consommation massive, aucun gouvernement n’a proposé de légaliser ou même de dépénaliser le cannabis. La réponse de la majorité macroniste a été l’introduction en 2019 d’une amende forfaitaire de 200 euros en cas de possession jusqu’à 100 grammes, une mesure qui n’élimine pas le risque de poursuites pénales. Les sanctions peuvent aller jusqu’à un an de prison et 3 750 euros d’amende. La politique actuelle, malgré son arsenal répressif, est critiquée pour son inefficacité. Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) avait notamment pointé en janvier 2023 l’échec de cette stratégie, soulignant que la France, bien que l’un des pays les plus répressifs d’Europe, reste le leader en termes de consommation de cannabis. De quoi donner envie de voir ce qu’il se passe chez nos voisins.

L’Allemagne, par exemple, est devenue en avril 2024 le troisième pays de l’Union européenne à légaliser le cannabis récréatif. Depuis cette date, les Allemands majeurs peuvent posséder jusqu’à 25 grammes de cannabis en public et cultiver trois plants à domicile. En juillet, l’ouverture de «cannabis social clubs», des associations à but non lucratif autorisées à cultiver et vendre du cannabis à leurs membres, a ajouté une nouvelle dimension à cette législation.

Malte, premier pays européen à avoir légalisé le cannabis en 2021, permet à ses citoyens de cultiver jusqu’à quatre plants et de posséder jusqu’à 50 grammes à domicile, bien que la consommation publique reste interdite. De même, le Luxembourg a légalisé l'auto-culture en 2023, tout en maintenant l’interdiction de fumer dans l’espace public. Cette légalisation progressive vise à mieux encadrer la consommation et à réduire le marché noir, un objectif partagé par les pays qui ont choisi cette voie.

Dans le reste de l’Europe, les politiques varient. Aux Pays-Bas, où les coffee-shops sont célèbres, la possession de cannabis reste officiellement illégale, mais est tolérée pour un usage personnel. Cette tolérance n’empêche pas des expérimentations visant à légaliser la production pour approvisionner ces lieux, une démarche en cours dans certaines villes. D’autres pays, comme Chypre, maintiennent des sanctions beaucoup plus sévères, avec des peines de prison pouvant aller jusqu’à huit ans pour possession.