C’est leur arme fatale. Quand ils se sentent en difficulté, les opposants aux réacteurs atomiques finissent toujours par accuser leurs contradicteurs d’être inféodés au «lobby nucléaire». On imagine assez bien l’horrible chose, une clique d’ingénieurs EDF rôdant dans les couloirs du pouvoir avec des lunettes noires, stipendiant les députés, dictant leur ligne aux ministres et leurs articles aux journalistes (dont celui-ci, bien sûr), et n’hésitant pas à sacrifier à leur compulsion radioactive les milliers de victimes du prochain Tchernobyl. A cet égard, la récente publication par RTE (l’entreprise qui gère le réseau de distribution de courant) d’un rapport sur les «scénarios énergétiques du futur» a donné lieu à un véritable festival.

Au lieu de porter l’estocade contre les centrales à uranium, comme l’espéraient secrètement les écologistes, cette étude très pointue et très attendue, sur laquelle le gouvernement avait prévenu qu’il se baserait pour définir sa politique, leur a en effet rendu toute leur légitimité. «Construire de nouveaux réacteurs est pertinent du point de vue économique», fait-elle remarquer d’entrée de jeu, en précisant que les scénarios intégrant un grand nombre d’EPR en parallèle avec des énergies renouvelables «apparaissent plus compétitifs» que les autres.

Une véritable claque à tous ceux qui militaient pour la mise au rancart de cette prétendue «technologie du passé». Leur réponse ne s’est pas fait attendre, et vous pouvez la deviner sans peine. «RTE a été soumis à une pression très forte du lobby nucléaire», a clamé Jean-Baptiste Lebrun, le patron du Réseau pour la transition énergétique, l’un des principaux collectifs d’associations pro-solaire et pro-éolien. «Il y a eu un coup de pression du lobby nucléaire», s’est offusqué EELV dans un écho presque parfait. Bien sûr. «Emmanuel Macron est très faible face à ce lobby, il est fasciné par sa puissance», a appuyé Yannick Jadot, qui, avant d’être candidat à la présidentielle, organisait les actions d’éclat de Greenpeace dans l’enceinte des centrales tricolores.

On comprend sa désillusion. Depuis l’accident de Fukushima, en 2011, personne ne donnait cher de la peau de nos chaudières à neutrons. Hypnotisés par les pales des aérogénérateurs, chauffés à blanc par les associations écologistes, une majorité de Français leur prêtaient à peu près tous les défauts – ils les jugeaient chères, sales et dangereuses –, et les campagnes de désinformation menées sur les réseaux sociaux avaient terminé de laver le cerveau des indécis.

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