«Il est aujourd'hui évident que les acteurs en charge de la sécurité d’Androcur - Agence de santé, laboratoires, médecins - ont failli dans la gestion des effets secondaires de ce médicament». Dans un communiqué de presse l’avocat Me Charles Joseph-Oudin et Emmanuelle Mignaton, la présidente de l’association Amavie, annoncent avoir déposé plainte contre X le 5 novembre 2024. Ils sollicitent l’ouverture d’une information judiciaire sur la gestion des risques et des effets secondaires du médicament Androcur.

Initialement prescrit contre la pilosité excessive, ce médicament qui bloque les hormones masculines est commercialisé depuis les années 1980 par le laboratoire Bayer. Reconnu très efficace, il a souvent été indiqué hors autorisation de mise sur le marché notamment pour traiter l’endométriose, l’acné, la chute de cheveux ou encore comme mode de contraception ou comme moyen de bloquer les hormones chez les personnes transgenres.

Androcur, un médicament pouvant entraîner l’apparition de méningiomes

Or, un lien a été clairement établi entre Androcur et l’apparition de méningiomes. Il s’agit de tumeurs des membranes qui entourent le cerveau. Parfois qualifiées de «bénignes» ces tumeurs peuvent toutefois engendrer de graves handicaps neurologiques comme des «troubles neurocognitifs, la perte de la vision, de l’odorat, des troubles de la parole, ainsi que des troubles moteurs», listent les auteurs de la plainte dans un communiqué.

«À compter de 1998, des cas de méningiomes sont régulièrement déclarés aux laboratoires commercialisant l’Androcur», établissent les auteurs de la plainte. C’est bien tout l’objet de leur demande. L’association Amavea qui réunit plus de 1 000 de l’Androcur et d’autres traitements hormonaux dérivés de la progestérone comme le Lutényl ou le Lutéran, «souhaite qu’une enquête soit menée pour déterminer les négligences commises et établir la responsabilité des acteurs impliqués». La plainte déposée le 5 novembre vise les infractions d’administration de substance nuisible, d’atteinte involontaire à l’intégrité de la personne, de mise en danger d’autrui, de non-signalement d’effet indésirable et de tromperie aggravée, rapporte l’AFP.

Un lien formellement établi depuis 2018

Amavea indique que le «surrisque» du médicament a été identifié par le laboratoire dès 2004 et a «été reconnu par la firme et l’ANSM (agence de sécurité du médicament) en 2008-2009. Pourtant aucune information n’a été communiquée aux professionnels de santé prescripteurs ni aux patientes avant 2019». Cette année-là, «l'Autorité de santé et le Laboratoire mettent en place un plan de gestion des risques qui incluait, entre autres, la diffusion d’une information ciblée auprès des patientes sous Androcur», sous la forme d’une campagne de courrier.

Le lien entre la prise d’Androcur et les méningiomes a été formellement établi par une étude de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et l’ANSM en 2018. Dans cette étude, on apprend qu’entre 2007 et 2015, plus de 500 cas de méningiomes en France étaient attribuables à une exposition prolongée à l'acétate de cyprotérone, le nom scientifique de l’Androcur. De janvier 2018 à décembre 2023, les prescriptions du médicament ont reculé de quasiment 90% selon l’ANSM portant fin novembre 2023, le nombre de patientes sous Androcur à 10 000 contre 90 000 fin 2017. Reste que 2 578 femmes ont été opérées d’un méningiome à cause de la prise d’un médicament progestatif entre 2009 et 2018 selon les données d’une étude pharmaco-épidémiologique pilotée par Epi-Phare, une structure de l’ANSM et la Cnam.