
C’est une discrète ceinture, marron ou noire, qui s'attache autour de la taille, sur les vêtements. Rien de bien étonnant jusque-là. Mais si son porteur chute, elle libère aussitôt un airbag latéral protégeant sa hanche du choc avec le sol et avertit ses proches. Ce petit bijou de technologie dopé à l’intelligence artificielle et baptisé Indienov a nécessité quatre années intenses de recherche-développement et près de 4 millions d’euros d’investissement, apportés notamment par la banque publique d’investissement Bpifrance.
À la manœuvre, la jeune pousse marseillaise Hippy, installée à deux pas du centre commercial La Valentine, et ses fondateurs, l’ancien patron du réseau Entreprendre Gérard Leseur et le docteur en nanotechnologies Maurice Kahn. À l’origine, pourtant, leur projet était tout autre, puisque le tandem souhaitait développer une solution évitant les noyades de jeunes enfants en piscine. Mais voilà : les mères de famille, convaincues de bien surveiller leurs rejetons, ne se montraient guère réceptives.
10 000 décès par an provoqués par des chutes
De la chute des petits dans l’eau, les deux hommes sont alors passés à la chute des personnes âgées sur une surface dure. Donc à la mise au point d’une ceinture intelligente, capable de détecter la perte d’équilibre et de déclencher l'ouverture d’un airbag latéral. «On leur apporte de la confiance», se réjouit Gérard Leseur. Chaque année, des centaines de milliers de seniors sont victimes d’une glissade provoquant, selon le ministère de la Santé, 100 000 hospitalisations et plus de 10 000 décès, ainsi qu’un risque élevé de récidive. Sans compter les répercussions psychologiques et sociales, et la perte d’autonomie.
Comme le souligne le ministère en préambule de son Plan anti-chutes de 2022, ces accidents génèrent «un coût pour la collectivité : 2 milliards d’euros dont 1,5 milliard pour la seule Assurance maladie. Alors que la population vieillit et que le nombre de personnes de plus de 65 ans augmentera de 2,4 millions d’ici à 2030, il est urgent d’agir pour prévenir les chutes et diminuer leur gravité».
Finaliste des trophées décernés par l’Institut national de la propriété industrielle en 2023, Indienov a une longueur d’avance en la matière. «La ceinture recèle 110 pièces qui font appel à sept technologies différentes, de la biomécanique à la pyrotechnie en passant par l’électronique», décrit Gérard Leseur. La douzaine d’ingénieurs recrutés par Hippy a affronté une série de ces casse-têtes. À commencer par celui-ci : comment éviter les “faux positifs”, c’est-à-dire le déclenchement inopiné de l’airbag ? Neuf longs mois de tâtonnement ont été nécessaires pour régler la sensibilité des capteurs.
Une ceinture à 90% "made in France"
Seul produit de ce type estampillé “dispositif médical”, et donc soumis à de strictes exigences de sécurité, Indienov ne pèse que 430 grammes - moitié moins que ses six concurrents étrangers venus de l’univers du sport et du loisir - et dispose d’une autonomie de cinq jours. Elle est disponible en quatre tailles et deux dimensions d’airbags. «L'acceptabilité par la personne âgée est essentielle», pointe Gérard Leseur.
La ceinture, développée en partenariat avec des maisons de retraite et des hôpitaux de jour, fait actuellement l’objet d’un essai clinique, condition indispensable pour décrocher le Graal : le remboursement par la Sécurité sociale. La commercialisation vient tout juste de débuter, au prix de 360 euros TTC, auxquels s’ajoute un abonnement mensuel de 10 euros couvrant les alertes envoyées aux proches ou au personnel médical, la mise à jour du logiciel et une hotline en cas de problème. La boucle d’Indienov est assemblée dans les locaux de l’entreprise, la ceinture elle-même dans des établissements marseillais d’insertion par le travail de personnes en situation de handicap. Résultat, un produit dont 90% des composants sont “made in France”.
Une contribution au bien-vieillir
Les fondateurs de Hippy espèrent un chiffre d’affaires de quelque 500 000 euros en 2024. «Nous allons enfin sortir de l’enfer, ces deux années de tests et d’homologation qui s’écoulent entre la mise au point d’un dispositif médical comme celui-là et les premières ventes», estime Gérard Leseur. Pas simple de se faire connaître du milieu médical et de gagner sa confiance. Dans cette optique, la start-up phocéenne a rejoint au printemps dernier le gérontopôle des Pays-de-la-Loire, créé en 2010 pour anticiper les changements sociétaux liés au vieillissement.
Le duo Leseur-Kahn est ambitieux. «Nous voulons travailler sur la prévention à partir des données enregistrées par la ceinture, telles les problèmes d’équilibre, les variations de la longueur des pas, le boitillement etc, indique Maurice Kahn. Ces signaux d’alerte sont, certes, susceptibles de prédire un risque de chute et d’alerter sur un besoin de renforcement musculaire, par exemple, mais ils peuvent aussi permettre de détecter d’autres pathologies». Un peu comme la montre Google Watch qui mesure fréquence cardiaque, niveau de stress et qualité du sommeil.
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