Les assemblées générales des actionnaires se déroulent cette année dans un contexte de turbulences pour les entreprises françaises, entre essor de l'intelligence artificielle, crise au Moyen-Orient et valse de dirigeants. Tour d'horizon, à mi-parcours, des sujets qui émaillent les assemblées générales (AG) de 2026. Les assemblées générales d'actionnaires, rendez-vous phare de la vie des entreprises cotées, sont marquées cette année par la question des successions, avec de nombreux renouvellements de cadres dirigeants.

Sur les 120 plus grandes entreprises cotées françaises, la nomination de 12 nouveaux dirigeants et d'une centaine d'administrateurs doit être certifiée par les actionnaires, un «record de fins de mandats», selon les chiffres de Scalens, spécialisé dans l'analyse de données des sociétés cotées. Sans trop de fracas pour le moment. Chez Sanofi, la nouvelle directrice générale Belen Garijo, nommée en février après l'éviction rétentrice de son précédent Paul Hudson, a par exemple recueilli 98% de votes favorables le 30 avril.

L’IA, un virage décisif pour les grands groupes

Même dans les sociétés où le sujet ne se pose pas dans l'immédiat, il suscite des discussions. Le patron de LVMH Bernard Arnault, 77 ans, a dû répondre à des questions sur son propre plan de succession, déclaré qu'on pourrait «en reparler dans sept, huit ans». «Plus généralement, les actionnaires veulent s'assurer qu'un plan est bien préparé en amont, examiné chaque année, avec des mesures d'urgence s'il arrive quelque chose au dirigeant», relève Michael Herskovich, responsable du vote et de l'engagement pour BNP Paribas AM.

Ces successions provoquent à leur tour des débats sur «la rémunération de la nouvelle équipe ou les conditions de départ du sortant», selon Charles Pinel, directeur général du cabinet de conseil de vote Proxinvest. En 2025, près de «12% des questions des actionnaires» dans les AG des entreprises du CAC 40 avaient porté «spécifiquement» sur le sujet de l'impact de l'intelligence artificielle, selon Scalens. Cette année encore, c'est une «thématique très importante, qui prend de l'ampleur», explique Michael Herskovich. Les investisseurs «se demandent si l'entreprise va réussir à prendre ce virage et chercher à évaluer l'impact sur son modèle économique», ajoute-t-il.

Incertitude géopolitique et énergétique

Les sociétés cherchent elles à rassurer, en proposant de nouveaux profils d'administrateurs spécialisés dans ces thématiques. Chez l'éditeur de logiciels français Capgemini, la nomination de Lila Tretikov sera proposée le 20 mai, une ancienne dirigeante de Microsoft présentée comme une «experte reconnue en intelligence artificielle». Les assemblées générales sont cette année marquées par des questionnements liés à la guerre au Moyen-Orient et à la hausse des prix du pétrole, qui suscitent la crainte d'un choc économique mondial.

Ce sont des sujets «qui ont naturellement toute leur place», surtout chez «les investisseurs individuels, beaucoup plus focalisés sur l'actualité que les institutionnels», explique Michael Herskovich. Interrogé par un actionnaire, le président de Vinci, Xavier Huillard, a par exemple déclaré lors de l'AG du groupe, le 14 avril, qu'il était «trop ​​tôt» pour évaluer les impacts de cette crise. «Selon les secteurs d'activité, c'est un sujet qui est plus ou moins abordé en profondeur. Mais il est dans tous les cas difficiles de passer au travers», résume Charles Pinel

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Les entreprises tournent le dos aux «say on climate»

Le nombre de «say on climate», ces textes qui soumettent la stratégie climatique des entreprises au vote consultatif des actionnaires, devrait en revanche encore rester stable à un bas niveau cette année, après un engouement relatif au début de la décennie. Ils étaient une quarantaine en 2022 dans toute l'Europe, avant de reculer à une vingtaine de ces dernières années. En France, «pour l'instant, on en a six», selon Bénédicte Hautefort, présidente de Scalens, contre huit l'an dernier.

«On voit en revanche beaucoup de présentations sur le sujet du climat, mais sans vote», relève Charles Pinel. «Sachant qu'elles n'ont aucune obligation légale en ce sens, les entreprises préfèrent peut-être ne pas donner de bâtons pour se faire battre». Toutefois, on ne voit pas en Europe un «mouvement actif contre la finance ESG (qui prend en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, NDLR), comme aux Etats-Unis», selon Michael Herskovich.