
Au Japon, les taux à long terme s’envolent. Depuis le point bas majeur d’août 2024, le taux de l’emprunt d’Etat japonais à 10 ans a en effet doublé, se hissant à 1,46% (à l'heure où ces lignes sont écrites, le 11 juin). Le rendement de l’obligation d’Etat du gouvernement japonais (JGB) à 10 ans «s’est hissé à un niveau qu’on n’avait plus vu depuis 2011 et le rendement du JGB à 30 ans à un niveau jamais vu depuis 30 ans», fait ainsi valoir Alexandre Hezez, CIO (responsable des investissements) et stratégiste chez Banque Richelieu, sollicité par Capital.
Cette normalisation sur les taux des obligations japonaises vient d’un double changement de régime. «D’une part, l’inflation sous-jacente est restée au-dessus de 2% treize mois d'affilée tandis que les négociations salariales du printemps ont permis aux salaires japonais d'engranger plus de 4% de hausse. D’autre part, la Banque du Japon a mis fin en mars 2024 aux taux négatifs et au contrôle de la courbe des taux, ne conservant qu’un objectif de court terme à 0-0,1% et réduisant progressivement ses achats de JGB», explique l’expert.
Le Japon a pendant longtemps pesé sur les taux à long terme des autres grandes puissances
Pour beaucoup, le Japon «est un marché hermétique qui n’a pas d’influence sur les marchés mondiaux et les décisions de sa Banque centrale influent peu, ou pas comme ses consœurs (la BCE ou la Fed, Banques centrales européenne et américaine)», relève Alexandre Hezez. La raison essentielle de cette croyance vient du fait que les obligations japonaises étaient en quasi-totalité détenues par des résidents (les Japonais).
Cependant, le Japon «a toujours joué le rôle d’ancre de taux à zéro et, par ricochet, de modérateur des taux à long terme des autres grandes puissances», souligne le stratégiste. En effet, les Japonais ayant beaucoup d’épargne, ils n’ont pendant longtemps pas hésité à se diversifier sur les obligations d’Etat américaines, françaises ou allemandes, qui rapportaient bien davantage que les titres d’emprunts nippons. Au niveau des flux, les assureurs vie, les banques et surtout le Government Pension Investment Fund (le plus grand fonds de pension au monde) du Japon «investissaient dans les actifs étrangers», détaille l’expert.
L’envolée des taux à long terme du Japon risque de favoriser des ventes d’obligations et d’actions étrangères, avec à la clé une pression baissière sur la Bourse (CAC 40, Nasdaq…)
Retrouver un rendement équivalent entre les taux japonais et les taux des obligations étrangères «amènerait un retour des flux qui ont profité depuis plusieurs décennies à ces dernières. Les ménages japonais, détenteurs de 19 000 milliards de dollars d’actifs, pourraient arbitrer dépôts et ETF (fonds indiciels) étrangers au profit d’obligations locales redevenues compétitives, coupant un moteur structurel des flux vers Wall Street», avertit le stratégiste. Le Japon, qui était un acheteur régulier important d’actifs étrangers, sera désormais moins présent à l’achat (d’où un facteur de soutien en moins pour les cours des obligations, qui évoluent à l’inverse des rendements), avec à la clé le risque que cela pousse les taux à long terme des grandes puissances à la hausse.
Un phénomène qui aurait en théorie un impact négatif sur la valorisation théorique des actions en Bourse (CAC 40, etc.), du fait de phénomènes d’arbitrages entre obligations et actions. «Des prémices se lisent déjà dans les chiffres hebdomadaires du ministère des Finances : les achats nets d’actions étrangères ont été divisés par 10 entre début et mi-mai, signalant un début de réallocation. Simultanément, les non-résidents ont injecté plus de 11 trillions de yens dans les obligations japonaises en trois semaines, profitant du niveau de taux plus élevé au Japon», indique Alexandre Hezez.
L’impact sera aussi au niveau du financement et de la liquidité. Cela pourrait provoquer sur les marchés des débouclages de yen carry-trades (emprunter en yens quasi-gratuits pour financer des positions risquées, comme l’achat d’actions, un phénomène qui avait alimenté le rally mondial post-2020 en Bourse… et qui devrait donc s’estomper). La remontée du taux japonais et le raffermissement du yen engendrent des couvertures ou des liquidations de ces positions de yen carry-trades, d’où une hausse corrélée de la volatilité des actions (et donc des pressions baissières sur la Bourse).
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