Après la seconde guerre mondiale, l’économie japonaise a connu quatre décennies de pleine croissance avec une productivité exceptionnelle. Certains stratèges voyaient même le Japon devenir la plus grande puissance mondiale, devant les Etats-Unis ! A la Bourse de Tokyo, les actions japonaises ont explosé à la hausse : le Nikkei est ainsi passé d’environ 100 au début des années 50 à près de 40 000 à l’orée de 1990, soit plus de 15% (de hausse) par an en moyenne sur cette longue période. Dans le même temps, le yen s’est apprécié de plus de 5% par an en moyenne entre 1971 et 1990, soit une croissance annualisée supérieure à 20% pour un investisseur en dollar sur cette même période !

Le miracle japonais de 1945 à 1973 a permis une croissance soutenue et quasi-régulière de près de 10% par an. Puis, après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, la croissance a ralenti mais est restée élevée entre 4 et 5% grâce à une productivité remarquable. Cette résilience japonaise s’est malheureusement accompagnée d’une formidable bulle financière avec des valorisations hallucinantes (en Bourse et sur d’autres actifs). A partir de 1990, la bulle financière a explosé ainsi que le système financier. Le recul démographique a amplifié la déroute. La croissance est devenue anémique pendant près de trente ans et le Nikkei s’est effondré à 7 000 points en 2008, soit une chute de plus de 80% en 20 ans.

La Bourse de Tokyo s’envole car le Japon connaît un retour en grâce, voici pourquoi

Trois facteurs clés ont contribué à ce recul. Tout d’abord les effets du nettoyage de la bulle spéculative et de l’effondrement du système financier. Ensuite, la dégradation démographique, qui a entraîné un recul de la population globale (de 128 millions à près de 123 millions), mais surtout une baisse très marquée de la population en âge de travailler, qui est passée de 87 millions en 1995 à 74 millions aujourd’hui. Et enfin, l’appréciation continue du yen jusqu’en 2012 a achevé d’asphyxier l’économie.

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Heureusement, ces facteurs négatifs ont soit disparu (c’est le cas des effets de l’éclatement de la bulle financière) ou ont été neutralisés. Cela justifie le retour en grâce du Japon que nous constatons aujourd’hui. En effet, malgré plus de vingt ans de décrue démographique, la population active a augmenté entre 1995 et aujourd’hui en passant de 66 millions à près de 70 millions ! L’immigration (jusqu’à récemment impensable au Japon) a permis l’arrivée d’environ 3 millions de travailleurs et cette tendance devrait se poursuivre.

Aussi, le taux de participation des femmes a explosé et est passé de 60% à 78%. Enfin, les séniors travaillent de plus en plus longtemps. On compte plus de 9 millions de travailleurs de plus de 65 ans et plus de 40% des Japonais entre 70 et 75 ans travaillent ! L’outil de production japonais s’est donc formidablement adapté à la situation. C’est probablement une source d’inspiration pour l’Europe et la France… Le maintien d’un certain niveau de croissance et de compétitivité, garant de notre modèle social, passe inévitablement par l’immigration et l’augmentation de l’âge de la retraite.

Aussi, le taux de change qui jusqu’en 2012 freinait l’économie s’est complètement retourné. Le Dollar/Yen est ainsi passé de 80 au plus bas à 160 assez récemment (cf. graphique n°1). Le Yen est ainsi devenu la devise la moins chère du G7, ce qui a favorisé le rétablissement de la compétitivité japonaise. L'élection de Sanae Takaichi (la Première ministre du Japon a lancé un plan de relance massif de l’économie en novembre 2025, NDLR) est perçue comme un électrochoc. Elle tente de transformer le Japon d'une "nation vieillissante et prudente" en une "puissance technologique offensive". Le scrutin de 2026 sera le test ultime pour valider le programme de la «dame de fer» avec un regain nationaliste marqué.

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Quel potentiel en Bourse pour les actions du Japon (Nikkei), selon l’analyse technique ?

En Bourse, comme l’illustre le graphique n°2, l’investissement en actions japonaises entre 1950 et 1990 a été une pure merveille. A partir de 1990 et jusqu’en 2009, il a été un pur désastre avec une perte de plus de 80%. Depuis la grande crise financière, les actions japonaises ont commencé à se rétablir mais ce n’est véritablement qu’à partir de 2020 et le passage des 20.000 points que la situation du Nikkei a changé d’allure. Enfin psychologiquement, la rupture définitive des 40.000 en 2025 a ouvert la voie à une nouvelle donne (l’indice actions japonais a connu un parcours bien plus favorable que celui du CAC 40 depuis avril 2025, NDLR).

Selon l’analyse technique (analyse graphique et mathématique de l’évolution des cours de Bourse), la zone des 70 000 / 80 000 points représente un objectif sérieux et atteignable dans les cinq ans. Cela paraît d’autant plus réaliste que les investissements en valeurs japonaises dans les portefeuilles internationaux sont restés très faibles. Tout le monde avait du Japon en 1990 et plus personne n’en a aujourd’hui ! Un phénomène de rattrapage semble être parfaitement possible d’autant plus que le narratif japonais est, nous l’avons vu, de plus en plus pertinent et que l’attractivité américaine pourrait s’étioler. Il y a là un potentiel de flux financier très significatif qui devrait permettre la poursuite du mouvement haussier du Nikkei.

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Le graphique n°3 montre le Nikkei exprimé en dollar. Il est donc corrigé des effets de change, très volatiles sur la devise nippone. Il confirme l’importance de la rupture observée en 2025. C’est donc bien un signal très positif pour les investisseurs étrangers. Tel un phénix, le Nikkei est en voie de réhabilitation !

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