CAC 40, S&P 500, Nasdaq… Les indices actions surveillent de près la hausse des taux à long terme observée récemment en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. Un phénomène pouvant en théorie affecter la Bourse, du fait de possibles arbitrages entre actions et obligations. Valérie Rizk, Macroéconomiste et Prévisionniste Taux chez Richelieu Invest, interrogée par Capital, souligne ainsi les tensions sur les taux à long (et très long) terme, notamment au Japon (pic du JGB 40 ans à 4,21% le 20 janvier, respectivement 10 ans à 2,35%, retombés respectivement à 3,99% et 2,24% en cours de séance le 22 janvier au matin) et aux Etats-Unis (pic de l’UST 10 ans à 4,29% le 20 janvier, retombé à 4,24% le 22 janvier au matin en cours de séance). Or une montée des taux à long terme aux Etats-Unis et au Japon a souvent tendance à faire tache d’huile en Europe, du fait d’arbitrages entre obligations japonaises, européennes et américaines.

Comment expliquer ces mouvements et quelles clés de lecture appliquer pour se projeter sur la suite ? Deux niveaux d’analyse paraissent utiles, aux yeux de Richelieu Invest : 1) l’évolution des taux à long terme peut habituellement s’expliquer par une composante liée aux anticipations (croissance, inflation, politique monétaire), et une autre liée à la prime de terme (non observable, liée à la rémunération demandée en compensation du risque de duration) et 2) plus simplement, en dehors de périodes de risque idiosyncratique, les taux souverains (les rendements des obligations d’Etats) mondiaux ont tendance à être corrélés. Récemment, la hausse des taux souverains à long terme a été généralisée du côté des économies développées. «Au-delà, au Japon et aux Etats-Unis, anticipations et prime de terme ont joué un rôle dans la dynamique haussière», souligne Valérie Rizk.

Comment expliquer la remontée des taux à long terme au Japon ?

Avec le plan de relance budgétaire de la première ministre japonaise Sanae Takaichi (pro-Abenomics, c’est-à-dire favorable aux axes déterminés par l’ex-premier ministre Shinzo Abe), «la croissance économique est attendue en hausse», souligne Valérie Rizk. Un phénomène théoriquement haussier pour les taux à long terme. Les prix à la consommation de décembre (publication prévue le 23/01) sont attendus en décélération (consensus pour un glissement annuel à 2,2% contre 2,9% en novembre), de quoi permettre à la Banque du Japon (BoJ) «de prendre son temps, mais du côté de l’inflation sous-jacente (inflation hors éléments volatils, NDLR), celle-ci devrait rester suffisamment élevée (consensus pour un glissement annuel à 2,8% contre 3% en novembre) pour maintenir inchangée la perspective d’une poursuite de la hausse des taux directeurs cette année (taux cible entre 1 et 1,25% en fin d’année à notre avis contre 0,75% aujourd’hui)», fait valoir l’experte.

Enfin, l’annonce de législatives anticipées le 8 février (chambre basse) en vue de consolider la majorité au pouvoir «fait craindre un dérapage plus fort des finances publiques nippones», indique Valérie Rizk, qui souligne ainsi que «la prime de terme (et donc les taux à long terme, NDLR) est donc également orientée à la hausse même si l’issue du scrutin reste incertaine compte tenu des tractations politiques en cours».

Comment expliquer les tensions sur les taux à long terme aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, les dernières statistiques macroéconomiques publiées «laissent entrevoir une croissance économique meilleure qu’initialement anticipé (ce qui est, là encore, haussier pour les taux à long terme, NDLR)», relève Valérie Rizk. En particulier, le nowcast (outil de prévision immédiate) du PIB de la Fed d’Atlanta l’estime à +5,4% au quatrième trimestre 2025 en rythme annuel (plus de deux fois supérieure à la croissance potentielle américaine). L’inflation reste éloignée de l’objectif de la Fed de 2% sans que les dernières statistiques ne soient affolantes en la matière. En revanche, «les menaces récentes de nouvelles taxes douanières proférées à l’encontre des Européens dans le contexte des tensions liées au Groenland sont de nature à raviver la crainte inflationniste. Cela est observable du côté des mesures des anticipations d’inflation de marché», souligne l’experte.

Enfin, selon Richelieu Invest, plusieurs facteurs ont pu tirer la prime de terme (et donc les taux à long terme) à la hausse au cours du mois de janvier : «1) l’annonce de l’augmentation du budget de la défense pour 2027 (autour de 1 500 milliards de dollars contre 901 milliards de dollars prévus en 2026) faisant craindre un nouveau dérapage des finances publiques (après celui lié au passage du One Big Beautiful Bill Act), 2) la menace de militarisation du capital dans le contexte des tensions autour du Groenland (annonce par le fonds de pension danois Akademikerpension qu’il vendra sa position en bons du Trésor américain d’ici à la fin du mois de janvier), 3) plus largement le Sell America Trade (phénomène de ventes sur les obligations, les actions et les autres actifs américains, NDLR) et 4) depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la perte de crédibilité du souverain américain (remise en cause de l’Etat de Droit - manœuvres du DOGE et de l’ICE - et de l’indépendance de la Fed, avec la tentative d’éviction de Lisa Cook, le procès contre Jerome Powell et l’identité de son remplaçant)».

CAC 40, S&P 500… Une poursuite de la remontée des taux à long terme favoriserait des accès de volatilité sur les actions en Bourse

Au final, la poussée haussière sur les taux souverains à long terme n’est pas une surprise, aux yeux de Valérie Rizk. «Ce qui était plus inattendu concerne en revanche l’ampleur des mouvements observés en si peu de temps. Cela étant, dans le contexte actuel de très forte fébrilité géopolitique, ces pics de volatilité pourront se répéter. Dans ce contexte, la prudence et la sélectivité doivent continuer de prévaloir», met en garde la prévisionniste.

Une prudence partagée par Momentum, la lettre d’investissement premium quotidienne de Capital sur la Bourse, pour qui des accès marqués de volatilité sur les taux à long terme sont susceptibles de favoriser également de la volatilité sur les actions en Bourse. En optant pour un abonnement d’un an à Momentum, 5 mois sont offerts. Notre sélection d’actions en Bourse a grimpé bien plus vite que le CAC 40 ces dernières années. Et en ce moment, à l’occasion des soldes, profitez exceptionnellement d’une réduction supplémentaire de 30% sur le prix d’un abonnement annuel. Pour en profiter, il suffit de cliquer sur le lien ci-après.