Carrefour encaisse le direct de JPMorgan. Le 26 juin 2025, l’action Carrefour «s’est fait démonter la mâchoire : -8% dans les dents, direct, sans anesthésie. Plus grosse chute du CAC 40, et tout ça parce que JPMorgan a décidé de sortir le carton rouge : un objectif de cours (juste prix estimé, selon l’analyse financière) raboté à 9 euros, et la recommandation sous-pondérer qui clignote comme un gyrophare sur l’autoroute du doute», relève James D. Touati (dit le Loup de Zurich), consultant, formateur, trader et président-fondateur de The Nest, interrogé par Capital.

Les analystes de la communauté financière, eux, n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Il faut dire que la rentabilité de Carrefour est en berne, ses résultats font la grimace, et la direction, «visiblement, voit la vie en rose, alors que le marché, lui, voit rouge», ironise le consultant. Sur le premier semestre 2025, ce n’est pas mieux : en Bourse, l’action Carrefour a plongé de 13 à 14%, naviguant mollement entre 11,75 et 12 euros fin juin. Sur un an, «c’est la soupe à la grimace, et le PER 2025 (la valeur en Bourse de Carrefour rapportée aux profits estimés pour l’année en cours, traditionnelle jauge du degré de cherté d’une action en Bourse, NDLR) traîne la patte autour de 10,6 fois les profits attendus (soit un niveau de valorisation en Bourse relativement bas, NDLR)», note James D. Touati, qui ne peut que constater que les investisseurs en actions «n’achètent pas le storytelling de la direction de Carrefour».

Carrefour est plombé en France et en Europe par la guerre des prix, mais «tout n’est pas à jeter»

Côté chiffres, ce n'est pas la fête au village, pour Carrefour. Le bénéfice net a chuté de 11% en 2024, à 1,08 milliard d’euros, pour un résultat opérationnel courant en baisse de 2,2% (à 2,21 milliards) et un chiffre d’affaires quasi-stable (+0,4%, à 94,55 milliards). Au premier trimestre 2025, Carrefour a signé une croissance de +2,9% en comparable (c’est-à-dire hors acquisitions et en neutralisant l’impact des variations de change), mais «c’est l’Amérique latine qui fait le boulot (+12,2%), pendant que la France rame (-1,7%)», déplore le Loup de Zurich.

La rentabilité de Carrefour est sous pression, comme un boxeur dans les cordes. La faute à la guerre des prix en France et en Europe, et à des investissements à répétition pour ne pas se faire sortir du ring. Mais «tout n’est pas à jeter, entre le pôle e-commerce qui explose (+19% au premier trimestre), les produits à marque propre qui montent en puissance (38% du chiffre d’affaires alimentaire), l’expansion du réseau de proximité, les synergies en vue avec Cora, Match et d’ex- magasins Casino. Enfin, le leadership est maintenu en Amérique latine, avec un Brésil qui carbure», apprécie le Loup de Zurich.

Carrefour doit affronter de forts vents contraires mais a des atouts pour rebondir

Les boulets à la cheville de Carrefour sont des marges sous pression (toujours pas au niveau du secteur), un cash-flow (flux de trésorerie) «fragile (bricolé à coups de dettes fournisseurs et de ventes immobilières, ça sent la rustine) et un endettement qui flirte avec les sommets (il représente près de 3,5 fois l’Ebitda, c’est-à-dire la marge opérationnelle avant amortissements, donc pas de folies en vue sur les dividendes ou les rachats d’actions, alternative classique aux versements de dividendes)», dénonce James D. Touati, qui souligne aussi «la concurrence féroce, Leclerc et consorts qui ne lâchent rien, et Carrefour obligé de casser les prix pour rester dans la course».

Les cartouches de Carrefour pour rebondir sont «un plan d’économies de 1,2 milliard d’euros confirmé pour 2025 et une transformation digitale et omnicanale à fond les ballons (objectif : 40% de clients multicanaux d’ici 2026). Et le dividende reste sexy (7,5 à 8% de rendement annuel des dividendes)», fait valoir le Loup de Zurich. Si la rentabilité de Carrefour décolle et que le Brésil continue de pousser, certains voient un potentiel de +30% à moyen terme. Mais pour l’instant, c’est «wait and see».

© James Touati

Que dit l’analyse technique, sur le potentiel en Bourse de Carrefour ?

Du point de vue de l’analyse technique (analyse graphique et mathématique de l’évolution du cours de Bourse), le Loup de Zurich a détecté une vague de Wolfe (configuration classique de l’analyse technique) haussière. Un rebond sur le point 5 (voir graphique ci-après) ferait monter progressivement le cours de l'action Carrefour vers les niveaux indiqués sur le graphique, avec des objectifs à 12,55 euros, 13,36 euros, 14,07 euros et 15,79 euros, soit un fort potentiel d’appréciation en Bourse pour l’action Carrefour.

«Surveillez les volumes de transactions (pour déceler de nouveaux intérêts acheteurs)», préconise le Loup de Zurich. Mais en cas de chute de l’action Carrefour, le support horizontal de 10,53 euros serait à surveiller, selon l’expert, pour qui un investisseur en actions peut d’ores et déjà envisager d’acheter (ou d'initier des paris haussiers, via l’achat de calls sur 3 mois à échéance). Autre stratégie envisageable : «acheter l’action Carrefour avec un Stop reverse à 11,45 euros (sous 11,45 euros, revendre l’action Carrefour, avec même une possibilité de miser sur un prolongement du mouvement baissier sur l’action Carrefour, NDLR), au cas où le cours de Bourse se dégrade», juge James D. Touati.

Evolution du cours de Bourse de Carrefour et analyse technique
Evolution du cours de Bourse de Carrefour et analyse technique © Graphique Carrefour Tradingview : Le-Loup-d-Zurich

Carrefour est un vieux loup de la distribution à ne pas enterrer trop vite

En résumé : Carrefour, c’est Rocky au 8e round, debout mais sonné, avec le marché qui compte les secondes. «Les fondamentaux sont là, la transformation avance, mais tant que la rentabilité de Carrefour ne remonte pas sur le ring, l’action restera dans les cordes. Prudence, mais ne jamais enterrer un vieux loup de la distribution trop vite», met en garde le Loup de Zurich, pour qui l’action Carrefour devrait surprendre dans le bon sens, à horizon moyen terme.

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