
Branle-bas de combat au Club Med ! Son patron Henri Giscard d’Estaing a révélé hier qu’il souhaitait réintroduire l'entreprise à la bourse de Paris, dix ans après avoir mis fin à sa cotation. Depuis qu’il a pris les rênes du pionnier des vacances tout compris, il y a maintenant plus de 20 ans, le fils de l’ex-président Valéry a chamboulé l’entreprise pour séduire une clientèle de cadres sup’. Il a officiellement achevé cette montée en gamme l’an dernier, en terminant de convertir en version luxe ses 68 villages.
Depuis deux ans, ses résultats semblent conforter cette stratégie. En 2024, le groupe a dépassé pour la première fois le cap des 2 milliards d’euros de chiffres d’affaires, en dégageant une marge opérationnelle de plus de 9% - c'est près de quatre fois mieux qu'il y a dix ans. Mais pour doubler de taille et porter ses marges à 15%, comme il l’ambitionne désormais, le patron doit désormais se donner les moyens de financer cette nouvelle croissance. Et ce, sans trop pouvoir compter sur son actionnaire majoritaire, le Chinois Fosun Tourism, filiale d’un conglomérat plombé par les dettes.
Le hic, c’est qu’entre le groupe français de voyages et le géant asiatique du tourisme, c’est cacophonie sous les cocotiers. "Nous n’avons aucun projet d’introduction en bourse de Club Med", a fait savoir ce matin son propriétaire chinois dans un communiqué cinglant. De quoi compromettre l’avenir de la marque au trident, qui fête cette année ses 75 ans ? Voici cinq choses à connaître de cette entreprise bien de chez nous.
Ses débuts associatifs
"Développer le goût de la vie en plein air, de l’éducation physique et des sports", tel est le mantra de l’association Club Méditerranée officiellement déclarée en Préfecture le 11 février 1950 par son fondateur le Belge Gérard Blitz, joueur de water-polo et fils de diamantaire. Le 4 juin, les premiers adhérents se retrouvent sur les quais de la gare d’Austerlitz, à Paris. Ils grimpent dans le train du soir, direction l’Espagne. 36 heures de voyage plus tard, les voilà qui découvrent le premier village du Club Med : 200 tentes récupérées dans les stocks de l’armée américaine et plantées en bord de mer, dans la baie d’Alcudia, petit village de pêcheurs niché à Palma de Majorque, dans les Baléares.
Son tee-shirt à 43 euros
C’est un des best-sellers des boutiques Club Med, installées dans chacun de ses villages. Le tee-shirt 45, qui fut lancé à l’occasion en 1995, à l’occasion du 45ème anniversaire de la marque au trident, continue de faire un tabac auprès des vacanciers. Bizarrement, le tee-shirt 50 lancé en 2000 pour marquer un demi-siècle d’existence, ne connut pas le même succès. Il fut donc retiré de la vente au bout d’un an et remplacé par son prédécesseur, à la demande expresse des quelque 10 000 G.M. qui s’étaient fendu d’un courrier pour réclamer son retour ! Le tee-shirt 45 possède malgré tout un sérieux rival, le tee-shirt 88, déployé en Asie pour éviter de braquer les superstitieux. Le chiffre 4 est là-bas lié au malheur, tandis que le 8 se réfère au bonheur et à l’opulence.
Ses villages flottants
Le Club Med s’était lancé dans les croisières dès les années 1960 en louant l’Ivan Franko… Un bateau qui battait pavillon soviétique ! Faut-il le préciser, l’expérience, menée en pleine guerre froide, a tourné court. Le champion français des vacances tout compris a réinvesti ce marché au début des années 90, en faisant construire sa propre flotte. D’abord, le Club Med 1, revendu depuis à une compagnie américaine. Puis le Club Med 2, majestueux voilier à cinq mâts de 187 mètres qui propose désormais des croisières de luxe, en Méditerranée ou dans les Caraïbes.
Son combat anti-gaspi
Comme son père Valéry, qui avait en son temps popularisé « la chasse au gaspi », Henri Giscard d’Estaing s’est lancé dans une croisade contre le gâchis alimentaire. Fini, les buffets dignes de Pantagruel ! Les portions sont calibrées par des cuisiniers qui assurent de plus en plus le «show-cooking», en dressant les assiettes devant les clients. En cuisine, un nouvel instrument aide le personnel à ajuster au quotidien les quantités pour limiter la gabegie : la poubelle connectée, capable de mesurer grâce à ses caméras intelligentes la quantité de nourriture dilapidée. Dans son village de Bali (Indonésie), ce dispositif aurait permis en six mois de diminuer de 56% le gaspillage, soit près de 30 000 euros économisés.
Ses pistes de ski indoor
Succès fulgurant pour le Club Med Urban Oasis Taicang resort, l’un de ses 11 villages chinois, déployé à une heure de Shanghai fin 2023. Six mois après son inauguration, le resort revendiquait déjà 300 000 amateurs de glisse, accros à sa piste de ski géante intérieure. Pas très écolo - sa climatisation, entre autres, consomme beaucoup d’énergie… Mais sa fréquentation est telle que Fosun Tourism, le propriétaire chinois du Club Med, prévoit déjà d’étendre ses pistes artificielles, en doublant la surface skiable avec le soutien financier des autorités locales !



















