
«Un tel affrontement tarifaire ne fait que des perdants, tout autant en Europe qu’aux États-Unis. Nous n’en tirons aucune satisfaction», indique Jérôme Bauer, président de la Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC). Près d’une semaine après l’annonce du président américain Donald Trump qui entend imposer une taxe de 20% sur les produits européens importés aux États-Unis, la filière française des vins et des spiritueux est abattue. «Le marché américain représente près de 25% des produits viticoles exportés», indique la confédération dans un communiqué. Et s’apprête à devenir une forteresse imprenable.
Jusqu’à présent les vins étaient soumis à une taxe douanière comprise entre 0,8% et 2% selon le degré d’alcool, soit une dizaine de centimes d’euros par litre, et les spiritueux en étaient totalement exemptés. Mais avec ce nouveau tarif, qui doit entrer en vigueur le 9 avril 2025 à midi (heure de Washington), la note va flamber ! «En 2024, la France a exporté pour 3,8 milliards d’euros de vins et de spiritueux aux États-Unis. Avec des droits de douane à 20%, il s’agit d’un surcoût de 800 millions d’euros pour la filière», indique le CNAOC.
Des faillites de plus en plus nombreuses dans le Bordelais
Alors indéniablement, le prix de vente aux consommateurs va lui aussi flamber. Selon nos calculs, une bouteille de vin facturée jusqu’ici à cinq euros va augmenter d’un euro, elle le sera de six euros pour une cuvée à 30 euros et de 10 euros pour une bouteille de cognac. Si l’alcool est déjà un produit de luxe aux États-Unis, il pourrait devenir un bien rare pour beaucoup !
Alors que «la viticulture française a déjà un genou à terre», indique Jérôme Bauer, en raison de la baisse de la consommation en France, des aléas climatiques ou encore de l’inflation, l’annonce des droits de douane par Trump est vécue comme un coup de grâce. Le nombre croissant de faillites dans le Bordelais et la perspective d'avoir à arracher 100 000 hectares de vigne sur 800 000 dans tout le pays ne font qu'ajouter à la gravité de la situation.
La négociation est indispensable
Quelle solution pour la filière ? Encourager un dialogue salvateur entre l'Union européenne et les États-Unis. «On a envie d’y croire, on reste optimiste. Les États-Unis représentent le principal marché en valeur de la filière donc on ne peut pas se passer d’eux», alerte la Confédération. La diversification des marchés vers des destinations comme l'Afrique du Sud ou l'Inde est évoquée, mais Jérôme Bauer reste lucide : «il nous faudra des années pour arriver à trouver un niveau de valorisation égal dans d'autres pays».




















