Ça, c’est du cluster… L’été dernier, le gouvernement britannique décidait de replonger la ville de Leicester dans un confinement strict alors que le reste de l’Angleterre commençait à mieux respirer. Dans cette cité des Midlands de 350.000 habitants, dont une forte proportion originaire du sous-continent indien, l’épidémie de Covid-19 s’était remise à flamber. Après enquête des autorités, l’explication finissait par tomber: au pic de la pandémie, les nombreux ateliers textiles de l’agglomération, plus gros centre de production de fast fashion au Royaume-Uni, ne s’étaient jamais arrêtés de tourner.

Au plus grand profit du groupe Boohoo (2 milliards d’euros de chiffre d’affaires), un géant de la vente en ligne de vêtements à bas prix, coté à Londres et principal donneur d’ordre local. Même contaminés, les ouvriers de ses sous-traitants étaient priés de se présenter au turbin. Faute de quoi ils étaient menacés de perdre leur emploi, en outre très mal rémunéré: à Leicester, certains employés de la confection touchent 3,86 euros de l’heure, soit presque trois fois moins que le minimum légal…

Ce scandale, les autres cadors mondiaux de la mode à petit prix s’en seraient bien passés. De Zara à H&M en passant par Uniqlo, Mango, Primark et consorts, les marques redoutent en effet que de telles affaires ruinent les efforts déployés pour prouver leur attachement au respect de conditions de travail décentes, même à des milliers de kilomètres du siège, ou en faveur de la protection de l’environnement. Des sujets auxquels les consommateurs, notamment ceux des générations Y (1995-2010) et Z (fin des années 1980 et 1990), sont devenus sensibles.

Pas question de se passer d’eux: selon McKinsey, rien qu’aux Etats-Unis, ils pèsent 350 milliards de dollars de pouvoir d’achat! Or le risque est là: après l’affaire Boohoo (PrettyLittleThing, Nasty Gal, etc.), la chaîne britannique de vêtements Next, prisée par les jeunes adultes, a ainsi cessé de distribuer les produits de l’enseigne. Tout comme la boutique de mode en ligne Zalando.

Après l’euphorie de la croissance effrénée, l’heure des comptes a donc sonné. Il faut dire que le secteur de la mode a fini par incarner toutes les outrances de la mondialisation: pollution, gâchis de ressources naturelles, exploitation des travailleurs. Plus de 130 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde, soit une production plus que doublée depuis 2000. La seule marque Zara, dont le patron Oscar Pérez Marcote a inventé le modèle de la fast fashion, fondé sur la rotation ultrarapide de collections très abordables inspirées de la haute couture, propose 65000 nouveaux produits par an.

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