
Le New Space, qui transforme le spatial en une industrie plus rapide, moins coûteuse et moins dépendante des États, promet des contrats lucratifs dans les télécommunications par satellites. Jusqu’à présent dominé par Space X et Starlink, les géants d’Elon Musk, et talonné par Blue Origin de Jeff Bezos, le New Space voit émerger de nouveaux acteurs en France et en Europe. Parmi eux, HyPrSpace, fondée en 2019 à Bordeaux. Avec 117 collaborateurs, la start-up a levé 21 millions d’euros l’année dernière et promet de révolutionner le secteur grâce à sa technologie de propulsion «hybride».
«Nous proposons des lanceurs spatiaux avec des moteurs combinant propergols solides et liquides, les deux technologies de propulsion utilisées dans le spatial. À fusées égales, cela nous permet de diviser par deux les coûts d’un lancement», explique Sylvain Bataillard, co-fondateur d’HyPrSpace qui a dû renoncer pour le moment à son projet initial de lanceurs réutilisables. Il n'empêche que les fusées d’HyPrSpace, moins chères, plus simples, plus flexibles, dynamitent l’industrie. «Notre pari, c’est de faire du spatial à la chaîne, plus rustique. A l’heure actuelle, la plupart des fusées sont des Rolls-Royce, or il y a un besoin pour des modèles plus entrée de gamme !»
«Actuellement, la France ne peut pas remplacer rapidement les satellites détruits»
Au-delà des promesses économiques, le développement de lanceurs spatiaux légers revêt une importance stratégique majeure : assurer une présence militaire française dans l’espace à moindre coût. «Si une puissance hostile neutralise nos satellites demain, nous sommes aveugles. Actuellement, la France ne peut pas remplacer rapidement les satellites détruits, ce qui serait catastrophique», poursuit Sylvain Bataillard. Avec environ 15 000 satellites en orbite autour de la Terre, l’accès à l’espace est devenu vital, les services de renseignement dépendant fortement de l’imagerie satellite pour anticiper de potentielles offensives militaires ennemies. La Chine et la Russie se sont dotées, à cet égard, d’un important arsenal balistique destiné à détruire les satellites occidentaux en cas de conflit majeur.
«Face à un tel scénario, il faut être capable de renvoyer en urgence des satellites dans l’espace. Cela s’appelle le lancement réactif, et c’est la pierre angulaire de toute stratégie de souveraineté spatiale, détaille le co-fondateur d’HyPrSpace. Or en Europe, nous ne disposons pas de cette capacité, nous ne pouvons pas nous appuyer sur le programme Ariane et ses lancements tous les trois ans…».
Consciente de ces lacunes, la Commission européenne pousse désormais à la structuration d’une véritable capacité européenne de lancement réactif, capable de déployer en quelques jours des satellites légers depuis le sol européen. Bruxelles entend soutenir une nouvelle génération d’acteurs du New Space, jugés plus agiles et moins coûteux que les grands programmes institutionnels. «Nous avons été sélectionnés par la Commission pour proposer une étude complète sur le lancement réactif : que faire ? Comment le produire ? En combien de temps ? C’est un travail colossal qui nous attend, mais d’une importance capitale !», jure le dirigeant.
Des lancements plus fréquents et réactifs
Les lanceurs légers d’HyPrSpace incarnent une réponse concrète à l’enjeu de souveraineté stratégique européenne dans l’espace. La jeune entreprise française a développé un démonstrateur suborbital baptisé Baguette One, capable d’emporter jusqu’à 300 kg de charge et dont le premier vol est programmé en 2026 depuis un site de la Direction générale de l’armement (DGA) en France métropolitaine. Ce sera soit à Biscarosse, non loin du siège de la jeune pousse tricolore, soit sur l'île du Levant dans le Var, connu pour servir à des tests de missiles. Cette étape, une première pour un lancement privé en France, servira à valider sur le terrain la technologie hybride de propulsion qu’elle prépare pour son second modèle, orbital cette fois-ci, conçu pour placer environ 250 kg en orbite basse, avec un premier vol prévu en 2027.
Face à des acteurs majeurs comme SpaceX ou Blue Origin, qui dominent les marchés lourds grâce à leurs grands lanceurs réutilisables offrant des coûts au kilo très bas, HyPrSpace propose une approche complémentaire. Ses mini lanceurs se cantonnent à des transports n’excédant pas les 300 kilos, comme des petits satellites d’observation ou de télécommunication. Pour Sylvain Bataillard, cet «atout» permet à sa société de facturer autour de 20 000$/kg par chargement, contre 50 000$/kg en moyenne chez ses principaux concurrents comme l'américain RocketLab.
HyPrSpace mise donc sur sa propulsion simplifiée, moins coûteuse à produire et à opérer que les moteurs liquides complexes. Un pari que Sylvain Bataillard espère «gagnant», alors que beaucoup jugent les grands projets de défense européenne encore trop utopiques.



















