Le premier jour du reste de sa vie, Kasper Rorsted a enfilé sa combinaison flambant neuve, chaussé ses skis et avalé des kilomètres de poudreuse. Puis, une fois en bas des pistes, il a dégainé son smartphone. Devant les cimes enneigées, ce passionné de glisse s’est alors fendu d’un large sourire avant de déclencher un selfie. Il y a adjoint un petit texte («Day one», jour 1) et a publié la photo souvenir sur l’intranet de l’entreprise qu’il venait de quitter la veille, en novembre dernier.

Las, cette sympathique carte postale n’a pas redressé sa cote de popularité auprès des salariés d’Adidas. Fin janvier, seulement 1.344 collaborateurs, soit guère plus de 2% des effectifs du groupe, avaient pris la peine de «liker» la photo de leur ex-patron, remercié trois ans avant la fin de son contrat. Et pour cause: «Kasper Rorsted, c’était le régime de la terreur, raconte un ex-cadre sup qui a passé plusieurs années à encaisser les colères froides du big boss. J’en connais qui ont dansé le moonwalk lorsqu’ils ont appris son départ.»

Quand il a pris en main la destinée de la marque aux trois bandes, en octobre 2016, ce Danois alors âgé de 54 ans avait pourtant été accueilli comme le messie au siège d’Herzogenaurach, en Bavière. Tout auréolé de son pedigree de diplômé d’Harvard passé par des géants de l’informatique (Oracle, Hewlett-Packard), ce patron réputé intraitable marchait sur un nuage, encensé par ses fabuleux résultats obtenus à la tête de la multinationale allemande Henkel, d’où il venait d’être débauché. Après huit années passées à traquer les coûts jugés superflus chez ce spécialiste des produits ménagers (lessives Le Chat, Mir…) et cosmétiques (crème Diadermine), le Scandinave avait fait bondir ses marges et quadruplé sa capitalisation boursière, à plus de 36 milliards d’euros.

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