
Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ! Les enseignes de distribution comme Leclerc, Monoprix, Aldi, Auchan ou encore Carrefour se sont toutes fait épingler ce jeudi 10 avril dans une étude publiée par la Fondation pour l’Homme et la Nature (ex fondation Ushuaïa et Nicolas-Hulot), une fondation française reconnue d'utilité publique qui sensibilise aux questions environnementales. En ligne de mire : leur désengagement inquiétant sur le bio. Jadis fervents défenseurs de ce label durant le raz-de-marée «vert» des années 2010, ils ont aujourd'hui presque abandonné le navire, face au peu d’entrain de la clientèle, échaudée par l’inflation sur les produits alimentaires depuis 2021.
Dans cette étude, la stratégie bio de huit enseignes de la distribution en France a été passée au peigne fin. Cinq d’entre elles ont accepté de répondre à la Fondation : Carrefour, Coopérative U, Lidl, Intermarché et Monoprix (groupe Casino). Pour Aldi, Auchan et Leclerc, l’évaluation s’est uniquement basée sur les données disponibles publiquement.
Leclerc, Auchan et Aldi sont les mauvais élèves
Notées sur plusieurs critères (disponibilité des produits dans les magasins, prix, investissement média, feuille de route…), les huit enseignes se sont vues attribuer des scores allant de A à G. La Coopérative U et Carrefour écopent d’un passable C, Intermarché, Lidl et Monoprix d’un médiocre E tandis que Leclerc, Auchan et Aldi sont les bonnets d'âne avec un F. «Le bio est le grand absent de la stratégie des distributeurs», commente Marie Rapaud, chargée de mission alimentation durable au sein de la Fondation.
La preuve ? Aucun distributeur affiche des objectifs chiffrés en matière d’agriculture bio. En 2018, Michel Edouard Leclerc (président du groupement de magasins E.Leclerc), ambitionnait de multiplier les ventes de bio par deux d’ici à 2022. Mais depuis l’inflation et la crise, l’enseigne ne communique plus sur le sujet. En 2023, Intermarché a supprimé de son plan sa volonté d’atteindre 16% de part de marché en bio en 2024. De son côté, Carrefour est passé d’un objectif de cinq milliards d’euros de chiffres d’affaires bio en 2022 à huit milliards d’euros de chiffres d’affaires de produits «certifiés durables» (incluant d’autres labels) d'ici à 2026. Dans le même temps, le bio a été presque exclu des campagnes média des distributeurs. «Ils mettent le paquet sur les prix et la défense du pouvoir d'achat mais le bio en est sorti», ajoute Thomas Uthayakumar, directeur des programmes et plaidoyer pour la Fondation. Sur les deux milliards d’euros qu’ils allouent à leur communication, seulement 3% concerne le bio…
Des produits bio jusqu’à 86% plus chers que leurs homologues conventionnels
Ils ont également fait un ménage drastique dans leurs magasins. En moyenne, le nombre de produits bio a diminué de 7% à 25% dans leurs rayons entre 2022 et 2024, selon Kantar. Si Monoprix reste le grand gagnant avec 15% de ses produits étiquetés AB, les autres sont désormais bien au-dessous de 10%.
Et pour s’offrir un des maigres articles qui restent en rayon, il va falloir faire flamber la carte de crédit. Chez Monoprix, il faut payer 86% de plus pour un produit bio, comparé à son équivalent conventionnel et 73% de plus chez Intermarché ! Autre point d’alerte : le bio n’est quasiment plus intégré dans les programmes de fidélité des enseignes, exception faite pour Auchan et Carrefour.
Un bilan qui pose problème. Alors que la France s'est fixée des objectifs ambitieux pour convertir 21% de sa surface agricole à l'agriculture biologique d'ici à 2030 (10% en 2025), la réticence des grandes surfaces à soutenir ce mouvement soulève des questions. Contactés par Capital pour commenter ces résultats, Carrefour nous répond poursuivre ses engagements en faveur du bio, avec, entre autres, une équipe dédiée au sein de son organisation, tandis qu'Intermarché veut continuer de croitre sur ce marché et rester plus performant que ses concurrents.
Découvrez, en détail, les chiffres du bio, enseigne par enseigne (source Fondation pour l’Homme et la Nature) :
Leclerc :
- Part de l'offre bio dans l’assortiment : NC
- Réduction de l’assortiment bio : NC
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 64%
- Programme de fidélité : le bio est partiellement intégré
- Investissement média dans le bio : 10,32 millions d’euros en 2021, soit 2,3% de ses investissements média (447,69 millions d’euros).
- Pas de stratégie, ni d’ambition dans le bio
- Note F
Intermarché :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 7,7%, soit 4,1% du chiffre d’affaires
- Réduction de l’assortiment bio : 7,7% au premier semestre 2024
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 73%
- Programme de fidélité : le bio n’est plus intégré
- Investissement média dans le bio : 9,2 millions d’euros en 2019, soit 2,6% de ses investissements média (351,7 millions d’euros). Pas de reconduction en 2021
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note E
Coopérative U :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 8%
- Réduction de l’assortiment bio : environ 10% en 2023
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 68%
- Programme de fidélité : le bio est partiellement intégré
- Investissement média dans le bio : 3,04 millions d’euros en 2021, soit 2,2% de ses investissements média (140,7 millions d’euros)
- L’enseigne pilote des indicateurs dédiés à la bio dans un programme de durabilité
- Note C
Carrefour :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 9% (2,5 milliards de chiffre d’affaires en 2023)
- Réduction de l’assortiment bio : 11% en 2021
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 63%
- Programme de fidélité qui intègre le bio (-10% tous les jours sur tous les produits de la marque Carrefour Bio)
- Investissement média dans le bio : 25 millions d’euros en 2021, soit 7,5% de ses investissements média (335,1 millions d’euros)
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note C
Lidl :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 10% (392 références)
- Réduction de l’assortiment bio : NC
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 59%
- Programme de fidélité : le bio est partiellement intégré
- Investissement média dans le bio : 11,6 millions d’euros en 2021, soit 2,5% de ses investissements média
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note E
Auchan :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : NC
- Réduction de l’assortiment bio : NC
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 67%
- Programme de fidélité qui intègre le bio (5% cagnottés tous les jours sur toutes les marques alimentaires Auchan, dont Auchan Bio)
- Investissement média dans le bio : 2 millions d’euros en 2021, soit 1,8% de ses investissements média (111,8 millions d’euros)
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note F
Monoprix :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 15 % (10,8% du chiffre d’affaires en 2023)
- Réduction de l'assortiment bio : NC
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 86%
- Programme de fidélité : le bio est partiellement intégré
- Investissement média dans le bio : inférieur à 5%
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note E
Aldi :
- Part de l’offre bio dans l’assortiment : 156 en 2022 (221 références en 2021)
- Réduction de l'assortiment bio : 35% en 2023
- Écart de prix moyen entre le conventionnel et l’équivalent en bio : 64%
- Programme de fidélité : le bio n’est pas intégré
- Investissement média dans le bio : 8,81 millions d’euros en 2021, soit 4,4% de ses investissements média (200 millions d’euros)
- Pas de stratégie ni d’ambition dans le bio
- Note F



















