«Achetez bio, vous paierez moins d'impôts.» Le 31 janvier dernier, pour la première fois de sa vie de maraîcher, Frédéric Frings a délaissé ses champs de Chevry-Cossigny, en Seine-et-Marne, pour aller manifester. En plus de ce ton humoristique, il avait choisi une destination plutôt originale : le cinéma de Brétigny-sur-Orge (Essonne). «Je ne me retrouvais pas dans les revendications de la FNSEA, et il n'était pas question de bloquer une autoroute, de déverser du lisier ou de créer l'évènement au salon de l’agriculture», précise ce passionné d’agronomie de 40 ans. Pourtant, Frédéric Frings avait de quoi, lui aussi, exprimer sa colère. L’an passé, pour éviter de tomber dans la surproduction, il a en effet dû se résoudre à semer, puis récolter, 30% de légumes estampillés AB (Agriculture biologique) en moins.

Comme lui, des milliers d’exploitants relevant de cette filière s’adaptent à contrecœur au changement d’habitudes alimentaires des consommateurs. L’an passé, selon NielsenIQ, les Français ont consommé 10% de produits AB en moins. Même les basiques ont perdu des adeptes : près de 2 millions de foyers se sont mis à bouder les huiles bio, 1,1 million les confitures, et presque autant les boissons sans alcool, le lait, les légumes emballés sous vide... Inquiets pour leur pouvoir d’achat, les Français – et les Européens en général – se sont certes serré la ceinture, au point de diminuer l’ensemble de leurs dépenses alimentaires.

Le bio 20 à 30% plus cher que les produits issus de l’agriculture conventionnelle

Mais concernant le bio, ils ont carrément supprimé plusieurs crans. Il faut dire que l’inflation, que l’institut Circana estime à 12,4% en 2023 dans la grande distribution, est venue renchérir des produits déjà passablement coûteux : le bio se vend en moyenne de 20 à 30% plus cher que les produits issus de l’agriculture conventionnelle. Même les classes supérieures, longtemps restées fidèles, ont fini par décrocher : en 2023, elles sont à l’origine de près de la moitié du recul du bio. C’est ainsi que quatre années de croissance continue de la filière ont été jetées aux oubliettes, pour un retour à la case 2019. Et la crise pourrait durer de longs mois, même si le pic inflationniste est désormais dépassé, et si l'Insee prévoit une hausse du pouvoir d'achat de 0,8% pour le milieu de cette année. «On ne retrouve pas le niveau des prix d'il y a deux ans. Le consommateur cherche toujours moins cher. Le meilleur pour la planète passe après le portefeuille», résume Nicolas Léger, directeur analytique chez NielsenIQ.

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