
Les lunettes connectées, gadget préféré des Dom Juan en carton ? La semaine dernière, l’influenceur américain Christopher John alias Rizzzcam, connu pour ses numéros de dragueur diffusé sur les réseaux sociaux a été pris en flagrant délit de vol d’images. Le Casanova de quartier filmait une femme à son insu, dans les rues de San Diego, avec ses lunettes Ray-Ban Meta. Quelques semaines plus tôt, à Sydney, une jeune femme avait elle aussi réalisé, en consultant une vidéo publiée sur TikTok, qu’elle avait été filmée en secret par un autre Travolta des bars tabacs. L’auteur de la vidéo, qui l’avait accostée plusieurs jours auparavant portait le même genre de lunettes connectées. « L’utilisation de ces dispositifs dans la rue soulève bien des questions de droit à l’image et de respect de la vie privée », avertit Joëlle Verbrugge, avocate et auteure d’un guide juridique consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle dans ce domaine de l’image. En France, la Cnil mène depuis l'an dernier une enquête sur le sujet.
Commercialisées depuis 3 ans en France, les lunettes connectées Ray-Ban développées par Meta (ex-Facebook) en partenariat avec Essilorluxottica, proposent d’écouter de la musique, de répondre à des appels téléphoniques mais aussi de prendre des photos et des vidéos en pressant un petit bouton fixé sur ses montures. Fin avril, ces binocles ont même intégré deux nouvelles fonctions, la traduction instantanée - pour pouvoir comprendre les questions d’un touriste espagnol qui vous demanderait son chemin, par exemple - et la vision artificielle, qui permet d’obtenir des réponses à toutes les questions que l’on se pose sur son environnement direct, par exemple pour obtenir des informations sur l’histoire d’un monument.
Semblables, de prime abord, à des lunettes de soleil classiques, ces Ray-Ban pourvues de minuscules capteurs camouflés dans leurs montures, permettent surtout à leur propriétaire d’enregistrer furtivement des photos et des vidéos. Les images peuvent même être diffusées en direct sur Facebook et Instagram. Pour déclencher l’enregistrement, il suffit de presser un petit bouton, fixé sur ses branches. Une petite diode clignote à l’avant des lunettes pour signaler le début de la prise d’images, mais ce témoin lumineux reste souvent inaperçu. Preuve de sa discrétion, le dispositif a même été adopté par Laurent Baffie. Depuis l’an dernier, le franc-tireur de la télé française les utilise pour relancer le concept de caméras cachées, en diffusant ses vidéos sur les réseaux sociaux.
Il n’est certes pas le seul. Dans une étude menée l’an dernier par des chercheurs de l’université de Monash, en Australie, 17 % des utilisateurs de lunettes connectées ont admis avoir filmé des personnes à leur insu.
Et gare aux dérives. L’an dernier, deux étudiants de Harvard avaient démontré qu’il était possible de transformer les cyber-lunettes de Meta en un puissant outil de reconnaissance des visages. En incorporant dans le dispositif un logiciel de leur invention, ces deux prodiges de l’informatique étaient parvenus à obtenir instantanément un tas d’informations – nom, prénom, numéro de téléphone, adresse- au sujet des inconnus qu’ils croisaient dans la rue. Souriez, vous êtes filmés…



















