Prada change tout pour relancer Versace. Quelques mois après l’annonce de son rachat pour 1,25 milliard d’euros, et après le départ de Dario Vitale, le groupe de mode a choisi son successeur, en la personne de Pieter Mulier. Fin janvier, le Belge de 60 ans avait annoncé son départ d’Alaïa, rappelle Le Monde, une maison pour qui il présentera une dernière collection au mois de mars. Si son poste de directeur artistique de la maison italienne ne sera effectif qu’au 1er juillet, le designer, très convoité, sera attendu au tournant.

Un choix finalement logique pour Prada, dont le codirecteur artistique, Raf Simons, a travaillé à ses côtés d’abord chez Jil Sander, puis chez Dior et Calvin Klein. Après une pause salvatrice, où il dénonçait les dérives dans le monde de la mode de luxe, le designer belge avait retrouvé Alaïa. Petite maison, rappellent nos confrères du Monde, il s’agissait d’un terrain parfait pour se relancer et très rapidement, ses collections avaient été commentées et même copiées par la fast-fashion. Alors, pourquoi ce choix pour Versace ?

Un rôle à jouer pour redéfinir la marque

Peut-être pour donner un nouvel élan à la marque et la recadrer. «Le vestiaire Alaïa est sensuel, presque sexuel, mais pas vulgaire. La vulgarité commence quand on reste au milieu, dans le consensus», affirma-t-il dans Le Monde. Il aura en tout cas la lourde tâche de succéder à Donatella Versace, en retrait, et surtout à Dario Vitale qui n’est donc resté que huit mois à la tête de la maison. Il semble en tout cas ne faire aucun doute que la présence de Raf Simons ait joué en faveur de l’arrivée de Pieter Mulier.

Dans un communiqué de presse, le désormais dirigeant de Prada Group, et fils de Miuccia Prada, Lorenzo Bertelli, l’a reconnu : «Quand nous avons envisagé d’acquérir Versace, nous avons identifié Pieter Mulier comme la bonne personne pour la marque. Nous pensons qu’il peut vraiment exprimer tout le potentiel de Versace et qu’il engagera un dialogue fructueux avec son fort héritage.» Pour Raf Simons, c’est aussi la possibilité d’étendre son influence dans la maison, jusqu’alors limitée à Prada.

De son côté, le nouveau directeur artistique belge ne s’est pas exprimé sur son arrivée, peut-être parce qu’il a encore une collection à présenter lors de la Fashion Week de Paris au mois de mars. Les chantiers sont en tout cas importants pour lui, notamment la nécessité de trouver un équilibre entre le riche passé de la marque et une certaine pertinence culturelle, indique Fashion United. Il devra conserver l’audace inhérente à Versace tout en redéfinissant certains codes. Après le «quiet luxury», les consommateurs recherchent nuance, singularité, mais audace. A lui de jouer.