
Une circonférence de 2 kilomètres, une largeur de 30 mètres et une hauteur pouvant aller jusqu’à 20 mètres. En mars dernier, le «Livre Guinness des records» officialisait un étonnant anneau de 61 000 mètres carrés fait de cèdre, de cyprès et de pin sylvestre comme la plus grande structure en bois du monde. Pour le découvrir, il vous faudra voyager jusqu’au Japon, cette œuvre imaginée par l’architecte réputé Sou Fujimoto constituant le cœur de l’Exposition universelle, qui se déroule à partir de ce mois-ci jusqu’en octobre à Osaka, à quelque 500 kilomètres au sud-ouest de Tokyo. Or, cet édifice n’aurait peut-être pas existé si, il y a sept ans, la France n’avait pas renoncé à se porter candidate pour cet événement…
Une Exposition universelle chez nous ? Non, nous ne sommes pas revenus à l’aube du XXe siècle, quand les grandes puissances européennes rivalisaient d’audace lors de ces imposantes foires internationales lancées en 1851 pour vanter leur foi dans l’avenir et le progrès grâce à la science, la technologie, la culture, et ainsi concourir à l’harmonie entre les peuples. La tour Eiffel (1889), la première ligne du métro parisien (1900) ou le palais de Chaillot (1937) sont encore aujourd’hui les témoins d’une époque révolue où l’on pouvait ne pas lésiner sur la dépense pour épater la galerie.
L'exposition universelle d'Osaka : une vitrine du savoir-faire français
Mais depuis quelques années, ce sont plutôt les pays émergents (Chine, Kazakhstan, Dubaï, Arabie saoudite…) qui, soucieux de montrer à leur tour leur dynamisme, sont les plus enclins à organiser des manifestations aussi coûteuses que répétitives, celles-ci ayant lieu en théorie tous les cinq ans, avec le risque, à la longue, de lasser le public. Le peu de succès rencontré par l’Allemagne en 2000 (Hanovre) et l’Italie en 2015 (Milan) plaide d’ailleurs en ce sens.
Du coup, y avait-il vraiment un intérêt pour la France à se lancer de nouveau dans une telle aventure ? Pour Jean-Christophe Fromantin, le maire de Neuilly-sur-Seine (92), porteur du projet ExpoFrance 2025 à l’époque, la réponse reste évidente. «Cela aurait été une vitrine pour montrer au monde notre vision des grands enjeux de société. En plus, nous avions tout repensé pour éviter l’aspect parfois poussiéreux des expositions, qui ressemblent à des salons professionnels, et les dépenses étaient largement couvertes par des investisseurs privés.» Cela n’a pas suffi. Entre le revirement de la Ville de Paris, préférant ne soutenir que le dossier des JO 2024, et les inquiétudes du Premier ministre d’alors, Edouard Philippe, à l’idée de devoir combler d’éventuels déficits, la candidature tricolore était abandonnée en janvier 2018, laissant le Japon l’emporter devant les deux autres candidats, la Russie et l’Azerbaïdjan. «J’en ai encore un pincement au cœur», regrette Jean-Christophe Fromantin. On ne refait pas l’Histoire.
Les coûts d'aménagement de l'exposition critiqués par les Japonais
Retour donc à Osaka aujourd’hui. Pour les organisateurs, le pari n’est pas gagné d’avance, d’autant que la comparaison sera tentante avec la précédente Exposition (la ville en a déjà organisé une en 1970), qui avait connu un succès colossal avec plus de 64 millions de visiteurs. A quelques semaines de l’ouverture, l’enthousiasme n’est d’ailleurs guère similaire (8 millions de billets prévendus début mars), au point que les autorités ont dû simplifier le système de billetterie, jugé trop complexe, et lancer des promos.
Par ailleurs, les critiques n’ont pas manqué sur les coûts d’aménagement du site installé sur une île artificielle existante dans la baie d’Osaka, accentués par la hausse du coût des matières premières et de la pénurie de main-d’œuvre. «L’exposition a été aussi lancée pour soutenir une économie locale en déclin et revitaliser cette zone urbaine non aménagée», explique Rémi Scoccimarro, géographe à l’Université Toulouse Jean Jaurès. «Un vaste complexe touristique est même prévu plus tard sur l’île, avec le tout premier casino du pays.»

58,2 millions d’euros de dépenses engagées pour la France
De leur côté, les 158 nations inscrites fignolent leurs préparatifs, une quarantaine d’entre elles ayant conçu leur propre pavillon. C’est le cas de la France, qui aura le sien face à l’entrée, et devant lequel 25 000 visiteurs défileront toutes les heures. «Nous pourrons en accueillir jusqu’à 30 000 par jour», précise Jacques Maire, président de la Compagnie française des expositions (Cofrex), la société à capitaux publics chargée de la présence tricolore dans les événements de ce genre.
Pour faire face aux dépenses engagées (58,2 millions d’euros), l’Etat participe à hauteur de 42,5 millions d’euros, le reste venant du privé (et de quelques recettes d’exploitation sur place ou de revenus de placement). Parmi ces sponsors, quatre auront droit à un espace permanent dans le pavillon, mais sans stand banal, après avoir signé un chèque de 1 million d’euros (AXA, la biotech Ninapharm et le Comité interprofessionnel des Vins d’Alsace), et même de 7 millions pour LVMH, en échange de contreparties plus importantes.
Partant du thème général de l’Exposition, «Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain», un parcours avec une scénographie unifiée et immersive a été imaginé autour du sujet de l’amour. «Les jeunes Japonais connaissent moins la France que les plus anciens. On veut les séduire de nouveau», assure Jacques Maire. Mais le business ne sera pas oublié, d’autant que nos échanges commerciaux sont jugés «anémiques». Des services sont ainsi prévus pour que les entreprises reçoivent clients et prospects dans de bonnes conditions. Au final, cette opération de «diplomatie d’influence» vise à un déficit maximal autour de 1 million d’euros seulement. Raisonnable.
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