En ce vendredi de Pâques 2023, la plupart des 2 000 employés du siège de Veolia sont déjà partis pour un week-end prolongé, et les bureaux installés à Aubervilliers sont quasiment déserts. Une poignée de salariés du leader mondial du traitement des eaux et des déchets reste toutefois mobilisée sur les dossiers chauds du moment, comme la remise en jeu du contrat du Sedif, le syndicat des eaux d’Ile-de-France. Le responsable en charge de l’appel d’offres est lui-même sur le pont quand, après avoir reçu une alerte sur sa boîte mail, il clique sur un lien de téléchargement.

Parmi les quelque 500 fichiers qui atterrissent alors, en quelques minutes, sur son disque dur d’ordinateur, des dizaines de questions techniques émises par le Sedif. Mais aussi des documents plus inhabituels, cette fois estampillés… Suez, le rival de toujours, et second candidat en lice pour ce contrat géant. «Veolia a reçu entre ses mains toute notre offre», s’étrangle encore aujourd’hui un dirigeant du numéro 2 français de l’eau. Au siège du groupe, la stupeur a vite laissé place à la colère et à la méfiance. Et aucune piste de riposte ne semble exclue, y compris judiciaire…

Un contrat assurant plusieurs milliards de chiffre d'affaires en jeu

Alors que les deux concurrents ont chacun leur version sur l'origine de la fuite de données, cet imbroglio n’est pas le premier, ni le dernier, à opposer les anciennes Compagnie générale des eaux (CGE) et Lyonnaise des eaux, respectivement devenues Veolia et Suez. Mais cette fois-ci, c’est particulier. Les deux ennemis sont en effet à couteaux tirés depuis que Veolia a racheté les activités internationales de Suez, voici deux ans. Quant au contrat en jeu, il est immense: il s’agit de la plus importante concession de gestion des eaux en Europe, promettant un chiffre d’affaires cumulé sur douze ans (de 2025 à 2037) de 4,5 milliards d’euros. La concession, en plus de constituer une vitrine commerciale unique, permettra au vainqueur de desservir près de 5 millions de consommateurs franciliens, répartis dans 133 communes de Seine-et-Marne, de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine (l’eau des Parisiens étant, elle, passée en régie publique depuis 2009).

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