
Aller à 36 euros, retour à 27 euros : pour un Paris-Marseille en TGV tout confort, difficile de faire mieux. Mais ce prix canon est introuvable sur SNCF Connect. Et pour cause : c’est Trenitalia, la compagnie transalpine, qui le propose. Elle se lance tout juste sur le tronçon. Au moment de notre recherche, la SNCF proposait ses billets TGV Inoui aux mêmes dates entre 50 et 90 euros. Pour avoir moins cher, il aurait fallu accepter de se tasser dans un Ouigo…
Il va falloir s’y faire : le site de la compagnie nationale n’est pas forcément le meilleur moyen de réserver ses billets. «SNCF Connect est une agence de voyage, ni plus ni moins», souligne Patricia Pérennes, spécialiste du ferroviaire, au cabinet de conseil Trans-Missions. Et elle ne commercialise pas les offres des concurrents de la SNCF.
Certes, la présence des nouveaux venus sur les rails français est encore modeste. Mais là où ils se sont lancés, les prix peuvent être alléchants, à la faveur des allègements de péages ferroviaires dont ils bénéficient. Pour le voyageur, deux solutions : réserver directement auprès de la compagnie (encore faut-il savoir qu’elle est présente sur le tronçon recherché !) ou, plus simple, passer par des sites indépendants comme Kombo ou Trainline. «Nous proposons l’ensemble de l’offre ferroviaire d’une ligne donnée : le voyageur peut comparer et réserver sur la même plateforme», vante Clément Bretagnolle, responsable de Trainline en France.
Même l’algorithme de SNCF Connect s'y perd
SNCF Connect est aussi à la peine pour certains trajets internationaux, ceux incluant une portion de voyage à l’étranger, notamment quand il y a un changement à l’étranger. Ainsi le site a longtemps vendu au prix fort certains billets de la Deutsche Bahn (DB), son homologue allemand : ils n’étaient proposés qu’en version flexible, la plus chère. Au printemps 2024, SNCF Connect a carrément arrêté de les vendre. Elle est encore en train d’adapter son infrastructure informatique pour pouvoir «à terme proposer des offres et des gammes tarifaires étendues», indique un porte-parole. Pas sûr, pour autant, que l’amélioration concerne l’ensemble des compagnies européennes. En face, Trainline revendique la commercialisation de 300 compagnies de train et de bus : «Chez nous, on peut vous trouver un train de nuit pour se rendre en République tchèque», sourit Clément Bretagnolle.
D’autres voyages bien moins lointains peuvent poser problème pour qui veut limiter les frais : ceux qui empruntent les trains régionaux (TER). Ils sont bien présents sur SNCF Connect, «mais SNCF Connect ne parvient pas toujours à proposer le meilleur tarif aux détenteurs des différentes cartes de réduction», s’agace Patricia Pérennes, régulièrement confrontée à la question. De fait, optimiser un trajet incluant une partie en TGV et une autre en TER nécessite souvent une carte de réduction régionale, les cartes nationales de la SNCF (Avantage, Liberté) n’étant pas toujours acceptées hors des TGV. Même l’algorithme de SNCF Connect s’y perd…
Les régions gèrent les tarifs des TER
Cette sacrée complication s’explique par la régionalisation du transport ferroviaire. «Pour se décharger du coût des TER, l’Etat a transféré leur responsabilité aux régions, mais en leur accordant la liberté tarifaire», rappelle François Delétraz, président de la Fnaut, qui fédère les associations d’usagers des transports. Il déplore «l’usine à gaz» qui en résulte pour les tarifs. Dès qu’un train régional est impliqué, des allers-retours entre le site national (SNCF Connect) et celui des TER de la région concernée permettent parfois de dénicher des réductions supplémentaires – par exemple en Bretagne, la gratuité pour les moins de douze ans accompagnant un adulte. Et cela ne concerne pas que les trains de proximité. D’anciennes grandes lignes sont passées sous le giron des régions, comme les lignes reliant la capitale à la Normandie (trains Nomad), ou certains trains entre Paris et Mulhouse, Boulogne-sur-Mer, Nevers…
Pour ne rien arranger, la SNCF elle-même participe à cet éclatement de l’offre ferroviaire, en multipliant les marques… au risque de perdre ses clients ! Depuis plus d’une décennie, elle a créé et popularisé Ouigo, la version low cost de ses TGV. Pourtant, leur attrait tarifaire s’érode discrètement, année après année : «Leurs prix ont augmenté de 43% entre 2018 et 2023, soit nettement plus que celui des autres TGV», relève François Delétraz. L’écart est parfois bien faible entre un trajet en Ouigo et son équivalent en TGV Inoui, alors que le second offre un meilleur confort et des conditions d’échange des billets plus souples. Il arrive même que la hiérarchie des prix entre les deux s’inverse. Mieux vaut réfléchir à deux fois avant de réserver un train soi-disant «low cost»…
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