
Déconfiture pour Ubisoft. L'éditeur de jeux vidéo a basculé de nouveau dans le rouge sur son année fiscale 2024-2025, malgré le succès du dernier Assassin's Creed en fin d'exercice. Le géant français du secteur, qui a dévoilé fin mars la création d'une nouvelle filiale, termine ainsi son année sur une perte nette de 159 millions d'euros, plombée par le lancement en demi-teinte de Star Wars Outlaws l'été dernier, l'arrêt prématuré de son jeu de tir en ligne XDefiant et une dégringolade boursière.
«Ubisoft a fait face aux défis cette année, avec des dynamiques contrastées au sein de notre portefeuille dans un environnement fortement concurrentiel», a indiqué le PDG d'Ubisoft Yves Guillemot. Habitué à des résultats en dents de science ces dernières années, l'éditeur français a toutefois sorti la tête de l'eau au dernier trimestre grâce au succès d'Assassin's Creed Shadows. Sorti le 20 mars, ce nouvel opus de sa saga phare a compté plus de trois millions de joueurs en une semaine et s'est placé à la deuxième place des jeux les plus vendus de l'année aux Etats-Unis, selon le cabinet Circana.
De nouveaux « contenus significatifs» d’ici 2028
Sur l'année, le chiffre d'affaires d'Ubisoft s'établit à 1,9 milliard d'euros, en baisse de 17,5% sur un an. Indicateur privilégié par l'entreprise, les réservations nettes, soit les ventes hors revenus différés, reculent nettement de 20,5% sur l'année, à 1,8 milliard d'euros. Celles-ci sont annoncées stables pour 2025-2026 par le groupe, qui anticipe un résultat opérationnel non-IFRS proche de l'équilibre.
D'ici fin mars, le groupe prévoit la sortie du remake Prince of Persia : Les Sables du temps, l'un de ses plus gros succès, du jeu de gestion Anno 117 : Pax Romana et de deux titres pour mobiles : Rainbow Six Mobile et The Division Resurgence. D'autres jeux seront annoncés ultérieurement, et le groupe promet «l'arrivée de contenus significatifs provenant de ses principales franchises» d'ici 2028. Ubisoft a légèrement annoncé une nouvelle organisation de son modèle opérationnel pour «assurer une qualité supérieure» de ses jeux et «une allocation disciplinée du capital», dont les détails devraient être connus d'ici la fin de l'année.
Le plan de réduction des coûts se poursuit
Le groupe compte poursuivre son plan de réduction des coûts, initié début 2023, d'au moins 100 millions d'euros supplémentaires sur les deux prochaines années. Ubisoft, qui a fermé plusieurs de ses studios à l'étranger ces derniers mois, ne procède plus qu'à un remplacement sur trois en cas de départ. Près de 3 000 salariés ont quitté le groupe depuis septembre 2022, pour un effectif total de 17 782 employés à fin mars 2025.
Surtout, le groupe a lancé fin mars la création d'une nouvelle filiale - qui n'a pas encore de nom - regroupant ses trois sagas phares : Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six. Selon Yves Guillemot, elle rassemblera environ 3 000 salariés du groupe dans le monde. Elle ne détiendra pas directement ces marques mais paiera des royalties à sa maison mère Ubisoft pour leur exploitation. Valorisée à plus de 4 milliards d'euros (plus de deux fois la valorisation boursière actuelle d'Ubisoft), cette nouvelle entité sera détenue à environ 25% par le géant chinois Tencent, qui apportera 1,16 milliard d'euros d'argent frais.
Vers un virage stratégique ?
Pour Martin Szumski, analyste chez Morningstar, «c'était la solution la moins engageante possible, sans pour autant retourner les mains vides devant les actionnaires», alors qu'un fonds d'investissement minoritaire tente de fédérer une partie d'entre eux pour demander un virage stratégique. Cette transaction permettra également à Tencent, entré au capital d'Ubisoft en 2018, d'affirmer encore un peu plus sa position au sein de l'entreprise française, même si le PDG du groupe a assuré devant les sénateurs qu'il signifiait bien «garder la main» sur cette filiale.
Mais, «si Ubisoft n'utilise pas l'argent investi par Tencent de manière significative», le groupe chinois pourrait «chercher à racheter l'entreprise directement», avertit l'analyste de Morningstar, malgré l'opposition affichée des frères Guillemot, qui en respectent les rêves.



















