
La banque allemande Commerzbank va-t-elle entrer dans le giron d'Unicredit ? La banque italienne vient en effet de lancer ce lundi 16 mars une offre publique d'achat sur son concurrent. Mais ce projet qui risque de susciter l'opposition du gouvernement allemand. Pour rappel, la deuxième banque italienne avait fait une entrée surprise au capital de la deuxième banque privée allemande en septembre 2024, avant d'augmenter progressivement sa participation. «L'offre vise à dépasser le seuil de 30% requis par la législation allemande sur les offres publiques d'achat (OPA) et à favoriser un dialogue constructif avec Commerzbank et ses principaux partenaires dans les semaines à venir», a précisé UniCredit lundi.
«Aucune prise de contrôle n'est envisagée», a souligné la banque italienne dans un communiqué, indiquant détenir actuellement «une participation directe d'environ 26% dans Commerzbank» ainsi qu'une participation supplémentaire d'environ 4%, via des produits dérivés. Un programme de rachat d’actions de Commerzbank en cours a pour conséquence de réduire le nombre total d’actions en circulation, ce qui peut augmenter automatiquement la part détenue par UniCredit au-delà du seuil légal de 30%, même sans nouveaux achats.
L'Etat allemand deuxième plus gros actionnaire de Commerzbank
En lançant une offre publique d’achat volontaire, UniCredit franchit donc officiellement ce seuil et n’a plus besoin d’ajuster constamment sa participation, ce qui lui permet ensuite d’augmenter librement sa part dans la banque allemande. Une opération jugée depuis le début hostile par le gouvernement allemand, le chancelier Friedrich Merz ayant qualifié les agissements d'UniCredit d'«inacceptables» dans une lettre adressée aux employés de Commerzbank en mai. L'Etat allemand, deuxième plus gros actionnaire de Commerzbank dont il détient 12% et entend préserver l'indépendance, avait réitéré en août dernier son rejet de l'approche «non concertée et peu amicale» de la banque italienne.
S'exprimant lors d'une conférence téléphonique lundi, le PDG d'UniCredit, Andrea Orcel, a déclaré que cette saga interminable perturbait les deux banques et qu'il était temps d'agir. «Si j'ai agi aujourd'hui, ou plutôt si le conseil d'administration a décidé d'agir aujourd'hui, c'est parce que nous estimions que l'attentisme persistant était une situation sous-optimale pour les deux parties», a-t-il poursuivi. «Cette offre était un excellent moyen d'ouvrir le dialogue, de remettre les choses au clair et de tenter de trouver un accord satisfaisant», a-t-il souligné, avant d'ajouter : «Vous pouvez imaginer le résultat que j'espère obtenir, mais ce n'est pas une fatalité.»
Une offre évaluée à 35 milliards
La banque italienne prévoit d'offrir 0,485 action UniCredit pour chaque action Commerzbank, correspondant à un prix de 30,8 euros par action Commerzbank, «soit une prime de 4% par rapport au cours de clôture du 13 mars 2026», note-t-elle. A raison de quelque 1,13 milliard de titres au capital de Commerzbank, cela représenterait une offre d'environ 35 milliards d'euros. Cette dernière «devrait être officiellement lancée début mai, avec une période d'acceptation de quatre semaines», selon UniCredit.
Contactée par AFP, Commerzbank n'était pas encore en mesure de réagir, de même qu'un responsable du syndicat Verdi siégeant au conseil de surveillance de la banque. L'annonce de cette offre publique de rachat a été accueillie positivement par la Bourse de Francfort, où l'action Commerzbank gagnait 3,99% à 30,77 euros vers 10h30 (09h30 GMT). A Milan, vers 10h40 (09h40 GMT), le titre UniCredit cédait 2,35% à 62,01 euros.
UniCredit a acquis pour la dernière fois un volume significatif d’actions Commerzbank contre paiement en numéraire en août 2025. Son entrée au capital de Commerzbank avait débuté en septembre 2024, avec l’achat d’une participation de 4,5% auprès de l’État fédéral allemand. Mais le gouvernement allemand refuse depuis toute nouvelle cession de titres.


















