Le Premier ministre rétropédale. Selon les informations de La Tribune, Matignon a supprimé l’examen du projet de loi sur l’allocation sociale unique de l’ordre du jour du Conseil d’Etat. Voulue par Emmanuel Macron, ce texte reste très complexe à mettre en place. «A ce stade, il apparaît que des éléments doivent encore être travaillés, explique-t-on dans l’entourage de Sébastien Lecornu pour justifier ce retrait. Le Premier ministre tient beaucoup à ce texte et souhaite vraiment qu’on y arrive. Le ministère du Travail va poursuivre activement ses travaux sur ce chantier.» Annoncée par le Premier ministre en novembre dernier, ce texte ne cesse d’être reporté.

Le Conseil national de l'habitat, lui, a largement rejeté le projet fin avril par 31 voix contre, deux voix pour (celles de l’administration) et 12 abstentions. «Il est invraisemblable que la France ne soit pas encore capable de proposer une allocation sociale unique», lançait pourtant le locataire de Matignon, à l’époque. Conçue pour lutter contre la pauvreté et inciter au retour au travail, l’allocation sociale unique a pour objectif de réunir les aides comme le RSA, les APL ou la prime d’activité.

Une loi qui pénaliserait près de 4 millions de foyers

Cette démarche permettrait de réduire le taux de non-recours de certaines aides sociales et de «faire sortir 700 000 personnes de la pauvreté à horizon 2030, par une baisse de près d'un point du taux de pauvreté». Pourtant ce projet de loi, en l’état actuel, pénaliserait de nombreux foyers, d’après une étude, consultée par Le Monde. Si 3,77 millions de foyers seraient gagnants et feraient baisser de 0,5 point le taux de pauvreté monétaire — qui a atteint un niveau historique, touchant 15,4% de la population en 2023 — environ quatre millions de ménages (3,97 millions) perdraient une cinquantaine d'euros par mois, dont 1,35 million sont parmi les 20% les plus pauvres du pays.

Alors que le gouvernement a assuré qu'il n'utiliserait pas le 49.3 pour ce texte, le Premier ministre craint que la gauche ne dépose une motion de censure alors qu’une radicalisation du groupe socialiste a été relevée, ces dernières semaines. Au grand dam des Républicains, très attachés à ce projet. «Il n'y aura plus de temps pour qu'on le fasse, regrette ainsi un membre du socle commun auprès de La Tribune Dimanche. Et de toute façon, c'est beaucoup trop risqué sur le plan politique», explique un leader du socle commun.