
Avec 150,4 milliards d'euros d'encours et 12,9 millions de titulaires fin 2025, selon les chiffres publiés par Bercy le 17 mai 2026, le Plan d'Épargne Retraite est devenu le produit d'épargne long terme qui progresse le plus en France, en hausse de 20 % en un an. Il faut dire qu'il a des arguments : chaque euro versé peut être déduit de son revenu imposable, dans la limite de 8 fois 10 % du PASS, soit 37 680 euros en 2026 pour les salariés. L'équation paraît simple : on verse, on déduit, on économise. Et plus la tranche d'imposition est haute, plus le gain immédiat est important.
Mais attention, il ne faut pas non plus se laisser induire en erreur : « Oui, il y a une imposition qui aura bien lieu à un moment. On peut dire que c'est une imposition différée », explique Benjamin Pedrini, co-fondateur et directeur général d'Epsor, société spécialisée dans l'épargne salariale et retraite. Le PER ne fonctionne donc pas comme la réduction d'impôt pour emploi d'un salarié à domicile ou celle des dons à des associations. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il échappe au plafonnement global des niches fiscales, fixé à 10 000 euros par an. Il n'y a pas de cadeau : ce que Bercy vous laisse aujourd'hui sera repris demain, au moment de la sortie. Mais il y a tout de même des avantages à tirer du PER.
Pourquoi le PER est quand même intéressant
Le mécanisme a beau être un report, il peut générer un gain fiscal bien réel, à une condition : que votre tranche marginale d'imposition (TMI) soit élevée. « L'idée, c'est que les utilisateurs du PER vont verser pendant leur vie active avec une TMI plus élevée qu'à la retraite », souligne Benjamin Pedrini. « Tout l'intérêt du PER, c'est d'inciter les actifs à se constituer de l'épargne en prévision de leur retraite avec ce bénéfice fiscal au moment des versements, qui va pouvoir fructifier ». Et plus longtemps on investit, plus cet argent va faire des petits.
Un exemple concret : si pendant votre vie active, vous êtes à 41 % de TMI, chaque 10 000 euros versés sur le PER vous permettent d'économiser 4 100 euros d'impôt cette année-là. Si, à la retraite, votre TMI tombe à 30 %, vous ne paierez que 3 000 euros d'impôt sur ces mêmes 10 000 euros à la sortie. Le gain net est de 1 100 euros par tranche de 10 000 euros épargnés.
En plus de cela, il y a aussi un mécanisme qu'on peut assimiler à de l'effet de levier. « Bien investis, ces 4 100 euros seront beaucoup plus importants au moment de la retraite », souligne l'expert. Par exemple, si l'argent a fructifié à hauteur de 20 %, vous aurez encore gagné 2 000 euros sur ces 10 000 (dont l'imposition dépendra du mode de sortie) au lieu de 1 180 sur 5 900 euros si vous aviez payé des impôts. « On fait fructifier une somme qui aurait dû être donnée aux impôts », résume l'expert.
Le PER, pas pour tout le monde
Ce raisonnement tient dès lors qu'on paie de l'impôt sur le revenu. « Dès qu'on est dans la tranche à 30 %, cela commence à avoir du sens », résume Benjamin Pedrini. En dessous, l'avantage se réduit mécaniquement : quelqu'un à 11 % de TMI économise 110 euros par tranche de 1 000 euros versés, et si sa TMI reste la même à la retraite, le gain est presque nul – pour une épargne qui était tout de même bloquée. Dans ce cas-là, basculer sur une assurance-vie, qui n'est pas bloquée et propose généralement les mêmes fonds, ou un PEA pour des placements dynamiques, est peut-être préférable.
Le gain fiscal ne doit jamais être la seule motivation à un placement. Le PER doit avant tout être pensé comme un outil de préparation à la retraite, avec un horizon long de 15, 20 ou 30 ans, et un blocage des fonds jusqu'à la liquidation des droits (sauf cas exceptionnels comme l'achat de la résidence principale ou un accident de la vie).


















