
Partir à la retraite le 31 décembre ou le 1er janvier ne produit pas toujours les mêmes effets fiscaux. En France, l’impôt sur le revenu est calculé par année civile, du 1er janvier au 31 décembre. Partir avant la fin de l’année ne permet donc pas forcément de payer moins d’impôts. Bien au contraire. Lors d’un départ, plusieurs revenus peuvent se cumuler sur une même année fiscale : derniers salaires, primes, congés payés non pris, 13e mois ou encore indemnité de départ. Pour certains salariés, ce cumul peut suffire à faire bondir le revenu imposable.
« Moins vos revenus sont élevés une année fiscale donnée, moins vous payez d’impôts », rappelle David Irrmann, expert retraite. « Un salarié qui part au 1er décembre peut avoir touché 11 mois de salaire, son indemnité de départ, ses congés payés et une partie de son 13e mois. Au final, il peut dépasser 12 mois de revenus », explique-t-il. Pour certains cadres ou salariés disposant d’une forte ancienneté, ces sommes peuvent provoquer un passage dans une tranche marginale d’imposition supérieure, avec une hausse parfois importante de l’impôt payé l’année du départ.
Pourquoi certains salariés préfèrent attendre janvier
Pour limiter cet effet de cumul, certains futurs retraités choisissent de décaler leur départ de quelques jours ou quelques semaines. En partant en janvier plutôt qu’en décembre, ils peuvent répartir leurs revenus sur deux années fiscales différentes : d’un côté les derniers salaires, de l’autre le solde de tout compte et les indemnités de départ. Une stratégie qui peut parfois éviter une hausse brutale de l’impôt. Le sujet devient particulièrement sensible pour les salariés percevant une importante indemnité de départ.
Dans le cadre d’un départ volontaire à la retraite, l’indemnité versée par l’employeur est en principe intégralement imposable. Le système du quotient permet toutefois d’éviter qu’une prime de départ ou un revenu exceptionnel fasse brutalement grimper l’impôt la même année. Concrètement, l’administration fiscale répartit fictivement ce revenu exceptionnel afin de limiter son impact sur le calcul de l’impôt.
Pour certains cadres ou salariés disposant d’une forte ancienneté, les sommes perçues au moment du départ peuvent rapidement devenir importantes. Le niveau de pension restant généralement inférieur au dernier salaire perçu, certains retraités peuvent connaître une forte variation de leur revenu imposable entre leur dernière année d’activité et leurs premières années de retraite.
Les 25 meilleures années
Autre avantage souvent méconnu : le calcul de la retraite de base. Celle-ci repose sur les 25 meilleures années dans le privé. Partir trop tôt avant la fin d’année peut donc pénaliser le calcul final. « Si vous partez en novembre, votre dernière année peut tomber à l’eau pour le calcul des 25 meilleures années. En janvier, vous validez l’année complète », souligne l’expert.
Même si le régime légal prévoit des indemnités relativement limitées, jusqu’à 2 mois de salaire après 30 ans d’ancienneté pour un départ volontaire selon le Code du travail, certaines conventions collectives prévoient des montants nettement plus élevés.
Ces situations concernent surtout des salariés ayant passé plusieurs décennies dans la même entreprise, un modèle devenu moins fréquent avec la hausse des mobilités professionnelles et des changements d’employeurs plus nombreux qu’auparavant. Selon l’Insee, la mobilité professionnelle progresse au fil des générations.
Le cumul emploi retraite pousse certains salariés à accélérer leur départ
Cette année, un autre élément pousse certains futurs retraités à revoir leur calendrier : le durcissement annoncé des règles du cumul emploi retraite à partir du 1er janvier 2027, prévu par la loi de financement de la Sécurité sociale. Plusieurs mécanismes destinés à limiter le cumul entre pension et revenus d’activité doivent entrer en vigueur pour les personnes liquidant leur retraite à compter de cette date.
Conséquence : certains salariés cherchent désormais à liquider leurs droits avant la réforme. « J’ai des clients qui m’ont appelé en urgence pour racheter des trimestres et liquider leur retraite avant les nouvelles règles », explique David Irrmann. Selon les dernières données du service statistique du ministère de la Santé, seuls 3,7 % des retraités cumulent aujourd’hui pension et activité professionnelle.
Tous les futurs retraités ne disposent toutefois pas de cette marge de manœuvre. Une partie importante des départs intervient après une période de chômage, d’arrêt maladie ou d’inactivité. Dans ces situations, le choix de la date de départ reste souvent contraint. À l’approche de la retraite, le choix de la date de départ peut donc parfois modifier à la fois le montant de l’impôt, et celui de la future pension.



















