
Bienvenue à Palexpo, le centre d’expositions situé à deux pas de l’aéroport de Genève. Chaque année, ce sont 75 000 mètres carrés qui se transforment en un temple ultraluxueux pour accueillir Watches & Wonders, le plus grand salon horloger au monde. Dans les allées recouvertes de moquette épaisse, les stands des marques exposantes font le show pour présenter leurs nouveautés. Ici, Rolex qui recrée l’incomparable univers de ses boutiques ; là, Chopard et ses salons feutrés ; un peu plus loin, Hermès dont la scénographie poétique colle parfaitement à l’esprit de la maison ; à un autre endroit encore, Van Cleef & Arpels et son décor féérique. Watches & Wonders est un monde à part, où les stars sont les montres et ceux qui les font.
L’horlogerie fascine, mais elle s’est longtemps cantonnée à un cercle fermé, avec des salons réservés aux détaillants, à la presse et quelques privilégiés qui avaient accès aux nouveautés. Les montres sont devenues de véritables objets de désir et elles séduisent bien au-delà des collectionneurs. Les jeunes générations s’intéressent de plus en plus à ces belles mécaniques, portées par les réseaux sociaux et les personnalités qui arborent ces garde-temps exceptionnels. Watches & Wonders a donc suivi cette évolution l’an dernier en décidant d'ouvrir ses portes au grand public sur deux jours : 19 000 visiteurs non professionnels ont été reçus, dont un quart de moins de 25 ans.
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60 marques présentes au salon Watches & Wonders
Cette année, ces passionnés auront bénéficié d'un jour supplémentaire, avec une ouverture au grand public du 5 au 7 avril, à 70 francs suisses (environ 73 euros) la journée, avec – enfin – la possibilité de s’inscrire à des présentations de produits ou encore de s’offrir une visite guidée avec un expert du secteur. Déambuler et s’arrêter devant des montres que l’on n’aura sans doute jamais l’occasion de voir ailleurs, assister à la gravure d’une pièce par un artisan, découvrir les secrets des cadrans en émail et des complications si complexes qu’elles semblent défier les lois de la physique, voilà ce que promet Watches & Wonders.
Soixante marques exposaient cette année avec, bien entendu, les poids lourds du secteur : les marques du groupe de luxe Richemont, ainsi que Rolex, Tudor, Patek Philippe, Hermès et Oris notamment, aux côtés des maisons du groupe LVMH (Hublot, TAG Heuer, Zenith), et d'une arrivée remarquée, celle de Bulgari. Au milieu des mastodontes, une zone s’agrandit tous les ans : le Carré des horlogers, qui fait place à des maisons indépendantes et plus confidentielles faisant vibrer les amateurs d’une horlogerie pointue et audacieuse : la française Trilobe, Christiaan van der Klaauw et ses montres astronomiques, HYT et ses affichages fluidiques, Armin Strom et sa maîtrise de la transparence…
L'industrie horlogère en pleine mutation
Ce rassemblement se fait toutefois sans le Swatch Group (Omega, Breguet, Longines, Blancpain, Tissot, Swatch…) depuis que son CEO, Nicolas Hayek, a décidé de faire bande à part en 2018, ce dernier jugeant les coûts trop exorbitants et l’organisation pas assez souple. Se sont également exclus volontairement Audemars Piguet et Richard Mille, les deux ayant fait le choix de réduire drastiquement leur nombre de détaillants agréés pour axer leurs ventes au sein de boutiques en propre pour mieux connaître leurs clients et les suivre sur le long terme.
Si Watches & Wonders attire autant, c’est aussi parce qu’il est le reflet d’une industrie en pleine transformation et qui s'est réinventée après le Covid. Autrefois réservée à une élite, l’horlogerie se démocratise à sa manière. Les marques doivent s’adapter à une nouvelle génération d’acheteurs, plus connectée, plus exigeante. L'e-commerce prend une place prépondérante, et la plupart des maisons permettent désormais d’acheter leurs montres en ligne, un concept impensable il y a encore dix ans. Au-delà, le salon reste un lieu d’émotions et de passion et, que l’on soit collectionneur, amateur ou simple curieux, une chose est sûre : il est bien plus qu’une simple exposition de montres, c’est un véritable spectacle qui se vit.
"Si l’horlogerie est si innovante, c’est grâce à ces réunions de tout l’écosystème", Matthieu Humair*
Dans quel contexte est né le salon Watches and Wonders à Genève ? La première édition du SIHH (Salon international de la haute horlogerie), son nom originel, s’est tenue en 1991 avec seulement 5 marques. Dès lors, l’événement n’a cessé de grandir. Il y avait 48 maisons exposantes en 2023, 54 en 2024. Cette année, elles étaient 60.
Pourquoi avoir changé de nom ?
Pour marquer le cap de l’ouverture au public et la volonté d’aller vers le client final. Cette mutation a aussi provoqué la formule In the City. Désormais le salon vit hors des murs du Palexpo, s’emparant du centre de Genève, avec des contenus pour tous.
Quels étaient les temps forts de cette édition 2025 ?
L’expérience In the City a pris de l’ampleur grâce à de nouveaux partenariats, dont un avec les SwissSkills. Ces championnats suisses des métiers sont l’occasion de découvrir, entre autres, les meilleurs étudiants micromécaniciens. Cela nous permet de toucher d’autres audiences et, pourquoi pas, de susciter des vocations.
Comment le grand public découvre-t-il le salon ?
Nos visiteurs viennent découvrir les nouveautés, bien sûr. Mais aussi échanger avec les parties prenantes. Notre volonté est d’offrir à tous une expérience personnalisée et interactive. Grâce à l’application, chacun peut créer son propre programme, s’inscrire à des sessions "touch and feel" (des rendez-vous pour essayer les nouveautés des marques) ou à des conférences. Sur inscription, tout est possible.
Qu’avez-vous à répondre à ceux qui pensaient le format obsolète ?
Avant le Covid, on nous a demandé si tout cela était encore nécessaire… Après deux éditions digitales, la question ne se posait même plus. En 2022, il y avait une réelle excitation à se retrouver. Beaucoup de créativité ressort de ces échanges informels, le secteur en a besoin. Si l’horlogerie est si innovante, c’est grâce à ces réunions de tout l’écosystème. Il y a une émulation incroyable durant cette semaine.
Comment se porte le secteur aujourd’hui ?
Le volume des exportations baisse, mais le luxe se porte toujours très bien, avec une croissance constante. Les manufactures sont confiantes. Avec le temps et l’expérience, elles ont appris à appréhender et à anticiper. C’est dans ces périodes de challenge que le Watches and Wonders prend toute son importance. Travailler main dans la main pour que l’industrie de l’horlogerie mécanique fasse toujours rêver dans vingt ans. Il y a aussi une grande valeur émotionnelle là-dedans.
Vous êtes donc plutôt serein quant à l’avenir ?
Quand on voit toute la créativité qui se dégage, on ne peut qu’être confiant. Observer aussi l’intérêt de la jeune génération nous rassure : l’horlogerie a encore de très belles années devant elle.
*Après avoir gravi les échelons au sein de la Fondation de la haute horlogerie, Matthieu Humair, 41 ans, est à la tête de Watches and Wonders depuis 2023. Ce passionné accompagne le salon dans ses grandes mutations, celles du digital et de l’ouverture au grand public.
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