
C’est un livre-choc qui vient de paraître le 14 mai dernier aux éditions Flammarion. Ecrit par le journaliste Thibaut Martinez-Delcayrou, le livre Les Caméléons - Enquête sur l’arnaque aux faux conseillers bancaires, revient sur une escroquerie qui touche de plus en plus de Français. Au total, selon lui, plus d’un million de Français en auraient déjà été victimes. Lui-même a vu son compte en banque être vidé, raison pour laquelle il a décidé d’enquêter sur le sujet en collaborant avec la police. Pour le média Brut, Thibaut Martinez-Delcayrou a accepté de révéler comment les escrocs agissaient.
Un procédé classique
Comme Capital l’a déjà évoqué à plusieurs reprises, la méthodologie de cette arnaque est souvent la même. Dans son cas, le journaliste a été contacté par un faux conseiller bancaire avec, pourtant, le numéro de sa banque. Les escrocs lui disent alors qu’il y a deux virements en cours suspicieux. Pour les bloquer, il doit être rappelé et fournir un code de sécurité envoyé par SMS, toujours avec le numéro de sa banque. «Mais finalement, ce numéro vide mon compte», explique-t-il.
Un accès trop facile aux données bancaires
Au cours de son enquête, il va alors apprendre que les aigrefins ont accès à toutes les coordonnées bancaires des clients à qui ils s’attaquent, et connaissent même les derniers paiements. Selon lui, «ces personnes qui vous appellent savent tout et ont la même connaissance qu’un conseiller bancaire».
Les escrocs bien équipés
Que se cache-t-il derrière ? Et comment sont-ils aussi bien renseignés ? Thibaut Martinez-Delcayrou dévoile que les escrocs sont équipés de détecteurs de codes, des DTMF. Comment procèdent-ils ? Lorsqu’ils sont au téléphone avec vous, les arnaqueurs ne vont pas vous demander votre code, mais de le taper sur votre clavier. C’est grâce à cette action qu’ils sauront ce que vous avez tapé.
Pression des banques et intimidations
Au total, le journaliste a eu accès à 2 500 dossiers d’instruction et parlé avec «beaucoup de personnes qui n’ont pas le droit de parler, mais voulaient donner l’arsenal des escrocs». Au cours de cette enquête, il révèle pour Brut avoir été victime de menaces et d’intimidations (d’escrocs et d’avocats), tandis qu’on lui a demandé de garder le silence (des banques) car il s’agit d’un «énorme sujet tabou».
Les banques peinent à recruter
Mais pourquoi y a-t-il actuellement autant de fraudes ? Selon lui, depuis 2017, les banques ont énormément de mal à recruter. Dès lors, elles se tournent vers l’intérim, un milieu très facile à infiltrer. Thibaut Martinez-Delcayrou cite même l’exemple d’une personne en charge du vrai service des fraudes dans une grande banque qui a été arrêtée pour avoir donné des informations à des escrocs. Généralement, les recrutements se font sur Snapchat où les escrocs promettent entre 1 000 et 3 000 euros pour une simple fiche client.
Quelles sont les cibles ?
S’il n’y a pas de cible privilégiée actuellement, les moins de 35 ans semblent les plus visés. Selon les chiffres du journaliste, 72% des moins de 35 ans ont déjà été victimes d’une tentative d’arnaque ou de fraude. Il cite également des ministres, des anciens agents de la DGSI, des médecins ou des professeurs. Et le journaliste alerte : «Ça va être de pire en pire, notamment à cause de l’IA. Il va y avoir une augmentation de 300 à 400% des arnaques de ce type d’ici 2027.»
Le SIM swapping en forte hausse
Autre arnaque en vogue : le SIM swapping, cette fois-ci grâce à des infiltrés chez les opérateurs. Les aigrefins demandent aux infiltrés d’obtenir la carte SIM d’un client puis l’installent sur leur téléphone, se connectent à l’application bancaire pour éditer un mot de passe et ont ensuite accès à tous les comptes. «Cela fait énormément de dégâts», insiste le journaliste, qui craint la généralisation des e-SIM dans le futur.
Comment se protéger ?
Il faut «être parano, et ne pas avoir peur de l’être», lance Thibaut Martinez-Delcayrou. Ce dernier recommande également de ne plus croire les appels et de systématiquement rappeler sa banque en cas de doute. Enfin, plus radical : désactiver les paiements en ligne sur son application et ne les réactiver que lorsque vous avez besoin de faire un achat sur internet.



















