
Avec 50,6 milliards d’euros de collecte nette en 2025, l’assurance vie signe sa meilleure performance depuis quinze ans. Un chiffre fait tourner les têtes, celui des cotisations : elles dépassent 192 milliards d’euros. Et l’encours total franchit allègrement la barre des 2 100 milliards. Résultat ? Près de 1 ménage français sur 2 possède désormais un contrat. A elle seule, l’assurance vie représente plus de 30% de l’épargne financière des Français. Pas mal pour un placement qu’on disait sur le déclin !
Plusieurs raisons expliquent cet engouement. D’abord, la remontée des taux obligataires a redonné des couleurs aux fonds en euros, longtemps boudés pour leurs rendements anémiques. Ensuite, le Livret A a perdu de son lustre : son taux est passé de 3% en août 2025 à seulement 1,50% début février 2026. De quoi rendre l’assurance vie soudainement plus séduisante. Ajoutez à cela un taux d’épargne des ménages qui reste au taquet, représentant 18,5% du revenu disponible, et un climat politique pour le moins… incertain. Dans ce contexte, les Français se tournent naturellement vers ce qui leur semble rassurant.
Retour de l'assurance vie
La preuve que l’assurance vie a retrouvé ses lettres de noblesse ? Les rachats ont reculé de 3% sur l’année. Même les menaces de taxation évoquées au Parlement n’ont pas entamé la confiance. Comme le souligne Romain Chevalier, directeur de l’épargne chez Abeille Assurances : «Dire que l’assurance vie est improductive alors qu’elle finance massivement la dette et les entreprises françaises est contre-intuitif.»
Cet engouement bénéficie particulièrement aux fonds en euros, les plus sécurisés : ils ont enregistré une collecte nette positive de 8,1 milliards d’euros. Selon Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money, le rendement moyen s’établit à 2,65%, en légère hausse par rapport à 2024. A comparer au taux moyen du Livret A ( sur l’année 2025, qui s’élève à 2,16%. Pour battre le très prisé livret d’épargne réglementée, le rendement d’un contrat d’assurance vie doit donc atteindre 2,70% brut, soit 2,20% net.
Pour lui, c’est une année de «normalisation» : en 2023 et 2024, les taux d’intérêt ont fortement remonté. Pour rester attractifs face aux nouveaux placements (livrets, obligations, etc.), les assureurs ont gonflé artificiellement les rendements des fonds en euros en puisant dans leurs réserves (les provisions pour participation) accumulées chaque année pour lisser les performances dans le temps. La consommation de cette «cagnotte» est passée de 0,50% à environ 0,20-0,30% en 2025, une bouffée d’oxygène pour le secteu
Quelle assurance vie choisir ?

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UC : unités de compte. (1) Tous les taux sont nets de frais de gestion, bruts de prélèvements sociaux (17,2%) et d’impôts. Les fourchettes de taux indiquent des bonus selon le montant investi, le pourcentage d’UC, la durée d’engagement, les versements programmés. (2) Multisupport : fonds euros + unités de compte. (3) PER : plan d’épargne retraite. Les mêmes fonds euros sont également disponibles sur cette enveloppe. (4) Note de 3 étoiles à 5 étoiles pondérée sur les frais d’entrée (40%), les frais de gestion des UC (50%) et les frais d’arbitrage (10%). 5 étoiles : frais minimaux ; 3 étoiles : frais les plus élevés du marché. (5) Garantie du capital à 98% (pas à 100%) sur les fonds euros Nouvelle Génération et Objectif Climat. Sources : Capital, Good Value for Money, au 2.02.2026.
En tête de notre palmarès, réalisé en partenariat avec Good Value For Money, les mutuelles d’épargne (Carac, Ampli Mutuelle…) affichent des taux compris entre 3,50 et 3,75%. Leur atout ? Des fonds propres élevés et un portefeuille obligataire ancien particulièrement rémunérateur.
Viennent ensuite les filiales spécialisées des mutuelles (MACSF, Mutavie), au-dessus de 3%. Les contrats en ligne (Corum, Linxea, Placement-direct, BoursoVie, Fortuneo) restent également très attractifs, notamment grâce aux offres commerciales de taux boostés.
Les réseaux bancaires, qui captent encore 60% de la collecte, restent en retrait, mais ils proposent des bonus agressifs. Attention, ces taux boostés ne durent souvent qu’un ou deux ans. Après avoir attiré l’épargnant avec un taux alléchant, l’assureur peut revenir à des niveaux beaucoup plus modestes. Cyrille Chartier-Kastler est catégorique : mieux vaut privilégier la régularité de la rémunération que la promotion. Tant que la transférabilité des contrats ne sera pas autorisée, ce rapport de force entre les différents acteurs évoluera lentement.
Un offre enrichie
Les unités de compte, quant à elles, ont représenté 39% de la collecte brute en 2025. Derrière cette stabilité apparente, l’offre s’est considérablement enrichie : ETF, private equity, produits structurés à capital garanti, SCPI… Les réseaux de distribution se sont aussi professionnalisés. Comme le note Romain Chevalier, «les compagnies ont fait des efforts considérables pour travailler leur offre en unités de compte et accompagner les réseaux de distribution».
Chez Yomoni, pionnier de la gestion pilotée 100% en ETF, le profil dynamique a délivré plus de 10% de performance en 2025. Yomoni a par ailleurs lancé une innovation, le multicompartiment, avec Suravenir : plusieurs poches distinctes au sein d’un même contrat, chacune avec ses propres performance et niveau de risque. Une souplesse proche de celle proposée par les contrats luxembourgeois, mais inédite dans une enveloppe française.
Autre nouveauté marquante en 2025 : le lancement du contrat Afer Génération d’Abeilles Assurances. Il a collecté 1,1 milliard d’euros dès sa première année, un record. Son fonds en euros a affiché 4,05%, sans aucun bonus ni condition d’investissement en unités de compte. Sa particularité : une période de fidélité de huit ans sur la participation aux bénéfices. Les intérêts annuels sont mis en réserve puis versés au terme, majorés d’un bonus de 10% minimum.
Faut-il pour autant céder systématiquement aux sirènes du rendement le plus élevé ? Sébastien d’Ornano, président de Yomoni, invite à la nuance : «Etre capable de faire la distinction entre l’offre du moment et la capacité d’un assureur à servir un rendement correct sur la durée, constitue le véritable enjeu pour l’épargnant.» Romain Chevalier, d’Abeille Assurances, lui, assume : «4,05%, c’est un vrai rendement d’actifs, pas un taux commercial.»
En conclusion, doit-on s’attendre à de nouveaux sommets en 2026 ? Les perspectives restent favorables. La baisse du Livret A à 1,50% en février 2026 creuse encore l’écart avec les fonds en euros. Les taux obligataires, soutenus par les déficits publics, devraient rester élevés. Et la fermeture des PEL de plus de 15 ans libérera 93 milliards d’euros d’épargne d’ici à 2030. Le digital accélère aussi la transformation. Yomoni, Linxea, Mon Petit Placement ou Finary trouvent leur place sur un marché avec des solutions numériques performantes qui facilitent la souscription. Un bémol : les assureurs réduisent discrètement la part de dette souveraine française dans leurs actifs, passée de 24 à 19%. Mais, paradoxalement, en diversifiant, ils sécurisent les fonds en euros. Rassurant.
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