
À 46 ans, Fritz vit en Corse depuis quelques années après presque deux décennies d’une vie trépidante à Paris, à la tête d’une agence de communication spécialisée dans la mode et le luxe. Puis, la découverte de sa maladie l’a fait ralentir professionnellement jusqu’à trouver le bon traitement, plus d’une vingtaine de pilules quotidiennes. « Aujourd’hui, je suis reconnu en tant que travailleur handicapé ce qui permet d’alléger mon temps de travail et de pouvoir adapter mon emploi du temps en fonction de la maladie », précise-t-il.
Il vit de l’Allocation adulte handicapé (AAH) d’environ 1000 euros par mois, tout en se versant une "rémunération" via le site marchand de son nouveau projet, l’Esprit Bastiais, un concept de magasin de déstockage de marques pour femmes et hommes, entre 3800 et 5000 euros de dividendes quand c'est nécessaire. « J’ai fait ce choix éclairé pour voir la viabilité économique des différents projets, admet-il. Et faire aussi émerger les gens qui travaillent avec moi. J’arrive à vivre avec cette allocation et prendre de temps en temps un peu plus d’argent si nécessaire ».
Pas de salaire
C’est aussi pour ne pas mettre la pression par rapport au chiffre d’affaires que Fritz a fait le choix de ne pas se rémunérer pendant deux ans, mais aussi pour diminuer sa masse salariale dans un premier temps. Pour l’instant, l’équipe est composée d’une petite quinzaine de personnes et devrait passer à 50 d’ici la fin de l’année avec un certain nombre d’ouvertures prévues en France dans les mêmes délais. « Je viens d’HEC donc j’ai ce côté business, tranche-t-il. Aussi, il va falloir qu’on se structure avec un siège à Paris ».
Parce qu’en plus de ses magasins, Fritz a d’autres projets : une marque inclusive qui sortira mi-juin, une autre marque éthique de décoration fabriquée par des personnes en réinsertion professionnelle prévue pour la prochaine édition de Maison&Objet, une maison de prêt-à-porter avec un défilé dans le port de Bastia et un projet de talk show. « Je ne chôme pas en fait, remarque-t-il. On sait tous que le nerf de la guerre, c’est l’argent mais la bienveillance reste un sujet central dans tout ce que je fais. Ma réussite, c’est celle des autres parce que je ne suis pas tout seul ». La preuve ? Il dit proposer un salaire sur 14 mois et des primes mensuelles pouvant aller jusqu’à 1000 euros à ses employés.
Une ardoise de 60 000 euros
En tout cas, Fritz en est revenu du secteur de la mode : « C’est un secteur réputé pour laisser des impayés, révèle-t-il. Je passais mon temps à courir après l’argent. D’ailleurs, j’ai fermé mon ancienne agence avec une ardoise de 60 000 euros de la part de trois clients ». Attention, il est ravi de ses 22 ans d’expérience professionnelle mais il est plus serein avec le business d’aujourd’hui, même si cela va vite, « je m’en rends compte au fur et à mesure que les choses avancent ». En tout cas, il dit rester serein, au grand étonnement de ses amis, qui savent qu’il ne sera pas trop présent ces deux prochaines années. « Si je plante, je me plante, relativise-t-il. Au moins, j’aurai essayé ».
L’entrepreneur n’a aucun problème avec son salaire qu’il ne considère pas seulement comme un chiffre : « Il faut l’associer au nombre d’heures travaillées, à la stratégie mise en place, la réduction des coûts, à l’émergence de certains employés, insiste-t-il. On ne peut pas donner un prix tant qu’on ne sait pas la somme de travail qu’il y a derrière, comment on va réussir à gagner de l’argent ». Mais comment le montant de l’AAH colle au coût de la vie ? Il évoque les tarifs résidents pour billets d’avion, valables toute l’année pour les Corses, et des loyers moindres et côté restaurant, des tarifs stables à l’année, qui n’augmentent pas avec l’arrivée des touristes, à Bastia. Quid des vêtements ? « Joker, sourit-il. J’aime les vêtements, j’en ai énormément et surtout j’aime recevoir en cuisinant généreusement, chez moi ».



















