
À 29 ans, Pablo gagne 2000 euros par mois en tant que second de cuisine dans un resto de fruits de mer sur le sud de la France. Sans diplôme, il a appris son métier sur le tas et se satisfait de son salaire « si on prend en compte le fait que je n’ai même pas mon brevet », mais pense qu’il pourrait avoir un peu plus avec un diplôme. « Il y a une dizaine d’années, j’étais commis et gagnais 1400 euros par mois, se souvient-il. Mais j’avais deux jours de repos par semaine ». C’est lui qui a fait la démarche de demander une première augmentation à la fin de la première saison d’été. « J’en avais d’abord parlé au sous-chef qui m’a appuyé auprès de la gérante du restaurant, témoigne-t-il. J’ai eu 200 euros d’un coup je crois pour ensuite monter d’une centaine d’euros tous les deux ans ». Et arriver à ce salaire de 2000 euros, avec seulement un jour et demi de repos par semaine, mais en étant nourri midi et soir, et avec quelques enveloppes données discrètement de temps en temps.
Est-il satisfait de son salaire vis-à-vis de son ancienneté ? « En 10 ans, je pense que cela pourrait être mieux, reconnait-il. Effectivement, je n’aimerais pas gagner moins ». Par contre, il sait apprécier les avantages en nature que les gérants de l’établissement offrent à son personnel : « Il y a beaucoup de petits avantages officieux, décrit-il. C’est un peu comme chez moi, j’y mange mais je bois des cafés aussi. C’est vrai que l’ambiance générale est très familiale. Je pourrais même considérer la gérante comme ma grand-mère, elle dit oui à beaucoup de choses en fait ». S’il fallait tout compter, le second de cuisine estime à environ 1000 euros par mois la valeur des avantages, comme quand il remplace le chef lors de leurs congés ou arrêts maladie. « Mes patrons savent être reconnaissants, dire merci et me récompenser financièrement ».
Le salaire de la liberté
Pablo est satisfait de son salaire des avantages du métier mais il comprendrait que cela n’attire pas à cause de la coupure : « Finir de travailler à 14h et rependre de 19h à 22h ou plus pourrait justifier de gagner plus, déclare-t-il. Psychologiquement, cela peut être difficile car on n’a pas vraiment l’impression de couper avec le travail tant que les deux services ne sont pas effectués, comme si on était encore au restaurant ». Même s’il s’est depuis habitué en l’intégrant à son mode de vie avec des siestes l’après-midi et des courtes nuits. Cette année, il finit en général aux alentours de 22h, un horaire moins tardif que les autres années qu’il explique par la baisse de fréquentation du restaurant. En haute saison, il peut sortir du travail vers 23h30.
« Pour moi, le salaire est important car cela représente la liberté, analyse Pablo. Il me permet de faire ce que je veux et d’acheter ce dont j’ai envie. Je me sentirais bloqué si je n’avais pas les moyens d’avoir quelques plaisirs. Aujourd’hui, tout est payant dans notre société donc il faut gagner un minimum sa vie, ou aller vivre dans la forêt ». Pourtant, avec son salaire de commis, il s’en sortait aussi bien que maintenant mais les dépenses sont un peu plus nombreuses : « Effectivement, je sors beaucoup l’été mais en général, il me reste des sous à la fin du mois. Quand je ne sors pas trop, j’arrive à mettre de l’argent de côté, autour de 2000 ou 3000 euros par an, mais je puise dedans quand j’ai besoin de faire des achats un peu exceptionnels ».
Gagner plus, pour faire quoi ?
Le second de cuisine aimerait toucher un salaire plus élevé. « 2500 ou 3000 euros par mois changerait bien des choses, je pourrais vivre mieux, même si mon salaire d’aujourd’hui ne m’empêche de rien grâce à mon petit matelas de sécurité », reconnait-il. Mais une augmentation de salaire induirait de changer d’établissement, ce qu’il n’est pas prêt à faire : « Je n’aurais plus le confort que j’ai aujourd’hui ». Par ailleurs, il joue aussi aux jeux vidéo en réseau sans en tirer de revenus mais sans pour autant mettre toutes les chances de son côté pense-t-il: « Si demain, j’ai la possibilité de gagner de l’argent avec ça, je le ferai mais je vais pas tout plaquer non plus ». Ce qui lui manque ? Le temps peut-être : « En restauration, nous n’en avons pas beaucoup ».



















