À 34 ans, Mathieu est chirurgien-dentiste et a ouvert un cabinet avec un autre associé dont ils sont propriétaires. À l’intérieur, sept dentistes interviennent sur différentes spécialités dont une salariée, ainsi que 9 salariés, principalement des assistants, lui versent une rétrocession de leur chiffre d’affaires pour le dédommager des frais engagés. Alors que la plupart des cabinets dentaires comptent un ou deux collaborateurs, c’est une structure un peu plus conséquente. Coté rémunération, il touche environ 5000 euros bruts, avant impôts, par mois, en tant que travailleur non salarié de sa structure.

« En général, un chirurgien-dentiste garde pour lui entre 17 et 20% de son chiffre d’affaires après impôts, précise-t-il. Tout le reste est consacré aux investissements dans les murs et dans le matériel toujours plus performant, les cotisations sociales et salaires de nos salariés». Il considère qu’il gagne très bien sa vie par rapport à la majorité des Français, avec une rémunération plutôt identique à un médecin par exemple.

Un chef d’entreprise dentiste

En plus de son métier, Mathieu consacre environ deux heures par jour à la charge administrative, de plus en plus lourde : « La relation avec la sécurité sociale, l’administratif, les demandes de devis, les réponses aux mutuelles, la gestion des locaux et la partie RH pour gérer les salariés, les questions des patients, etc.». Un travail pour lequel il n’est pas rémunéré directement mais ce n’est pas ça qui le fait se lever tous les matins, c’est plutôt l’envie de « soigner et de rendre service aux patients».

Pour cela, Mathieu investit entre 10 et 15 % de son chiffre d’affaires dans l’innovation, puisque les plateaux techniques sont de plus en plus coûteux et performants, la technologie évoluant rapidement. Pour ouvrir ce cabinet il y a 4 ans, il a contracté un emprunt de 600 000 euros mais cela ne le stresse pas plus que ça car il sait qu’en faisant du bon travail, il rentrera dans ses frais. « Surtout, j’ai une variable d’ajustement, si jamais le cabinet ne marche plus, je pourrais baisser mon salaire, révèle-t-il. L’entreprise fait vivre 16 personnes j’ai donc tout intérêt à la faire marcher, c'est le quotidien de toute profession libérale ».

La fin d’un mythe

Selon Mathieu, le mythe du dentiste qui gagne des sommes exorbitantes date des années 70/80 : « C’était mieux rémunéré parce que les charges étaient moins importantes, précise-t-il. Sans oublier que les remboursements n’ont pas bougé depuis ». Aujourd’hui, leur rémunération s’apparente à celle des autres professions libérales médicales. Si le salaire n’a pas été un sujet primordial pendant ses études, il a été rapidement confronté à la réalité du métier pendant ses stages.

« En fait, un dentiste débutant en tant que collaborateur est payé entre 1500 et 1700 euros nets, annonce-t-il. Pendant les sept années d’étude, les trois dernières sont rémunérées 200 par l’hôpital ». D’autant qu’en tant que débutant, un jeune diplômé n’a pas la possibilité d’acheter tout de suite un cabinet puisque les banques ne le feraient pas confiance. L’autre réalité ? Les patients, leur quotidien et « la sécurité sociale qui se désengage de plus en plus impliquant un renoncement aux soins des gens ».

Travailler plus pour gagner plus

Tous les matins, Mathieu est à 8h à son cabinet et travaille environ 40 heures par semaine « au fauteuil », sans oublier les 8 à 10 heures supplémentaires consacrées à l’administratif. « Le prorata entre mon temps de travail et mon salaire me va parce que ce n’est pas philosophie de faire attention à ce genre de choses », admet Mathieu. S’il voulait gagner davantage d’argent ? Il pourrait travailler plus, faire plus d’heures, mathématiquement, cela ferait un meilleur chiffre d’affaires.

Mais cela reste un métier physique qui demande réflexion et temps de présence : « Physiquement, je suis avec le patient, décrit-il. J’opère, cela demande une certaine concentration, avec la tension musculaire, la position particulière du corps, ce serait difficile de faire encore plus d’heures sans être moins performant». La partie sur laquelle il pourrait gagner plus d’argent ? Moins d’investissement « mais c’est faire le sacrifice d’une dentisterie moins performante, pour une honnêteté et une éthique qui ne m’intéresse pas », conclut-il.