
«C’est clairement le label de finance verte le plus exigeant des labels français et européens», affirme Laurent Trulès, gérant-analyste, coordinateur de l’investissement responsable chez Dorval AM. Créé il y a dix ans, à l’occasion de la COP 21 de Paris pour le Climat sous le sigle TEEC (Transition énergétique et écologique pour le climat), rebaptisé Greenfin pour «finance verte» en anglais, le label écolo français est en quête d'un nouvel élan.
Car il reste bien méconnu, autant des épargnants que des gérants eux-mêmes. Selon le recensement publié par le ministère de la Transition écologique au 19 décembre dernier, il ne compte que 106 fonds représentant un encours de 36 milliards d’euros, une goutte d’eau dans le gigantesque univers des fonds d’investissement et des 900 milliards placés en unité de compte sur les assurances-vie. D’autant que le label Greenfin concerne aussi bien les fonds destinés au grand public qu’aux institutionnels. On ne dénombre qu’une douzaine de fonds actions destinés aux particuliers, la plupart investissant dans la dette, aux titres émis par les sociétés non cotées et des projets d’infrastructures.
Pourtant, le label garantit le sérieux des analyses financières et extra-financières des gérants des fonds labellisés sur les critères environnementaux, mais aussi sur les critères sociaux et de gouvernance, en ligne avec ceux du label ISR (investissement socialement responsable). De son côté, le label ISR, plus connu et répandu, concerne les fonds destinés aux particuliers quelle que soit leur thématique d’investissement.
Importance des éco-activités
Concrètement, les fonds labellisés Greenfin doivent justifier une proportion importante d’éco-activités dans les secteurs clés pour la décarbonation que sont l’énergie, le bâtiment, la gestion des déchets et le contrôle de la pollution, l’Industrie, les transports, l’agriculture et la forêt, l’adaptation au changement climatique, les technologies de l’information et de la communication. Ils doivent suivre les listes définies d’éco-activités par le Comité du label, et/ou la taxonomie européenne qui définit de son côté les activités liées à la transition climatique.
Les gérants ont l’obligation d’analyser la contribution au verdissement de la planète et à la réduction des gaz à effets de serre de chaque ligne de leur fonds. Ainsi «Les entreprises technologiques éligibles au label Greenfin sont celles dont les activités soutiennent directement les transitions écologique et énergétique en améliorant l’efficacité énergétique, en facilitant l’intégration des énergies renouvelables ou en contribuant à des infrastructures durables», explique Alvaro Ruiz-Navajas, gérant du fonds Tocqueville Environnement ISR (La Banque Postale).
Une latitude limitée pour les sociétés
Les entreprises sont regroupées en trois poches selon leurs contributions aux activités, la poche des sociétés y réalisant plus de 50% de leur activité devant représenter au moins 25 % du fonds et la poche dite de diversification ne pouvant peser plus de 25%. Entre les deux, il peut y avoir une poche intermédiaire comprenant les sociétés réalisant une part significative, mais inférieure à 50 %, de leur chiffre d’affaires dans les éco-activités. Ce dispositif oblige les gérants à se concentrer sur la thématique climat, tout en leur laissant une marge de manœuvre pour se diversifier.
«Il faut être très sélectif sur les qualités financières et extra financières des sociétés en portefeuille, qu’elles appartiennent aux éco-activités ou non. Pour les entreprises non incluses dans les éco-activités, nous veillons au travers d’indicateurs (émissions CO2 ou plan de transition climatique par exemple) à leur adéquation avec notre ambition de soutenir la transition écologique et énergétique» explique Laurent Trules, chez Dorval Asset Management. Les gérants doivent se soumettre tous les ans au crible des certificateurs (Afnor, EY, Novethic) mandatés par le Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche et apporter leurs mesures d’impact. Un vrai engagement.
Moins de fossile, mais plus d’atome
Les contours du label ont évolué ces dernières années pour coller à la définition des énergies éligibles à la transition selon les référentiels européens. Janvier 2024, le nucléaire y faisait son entrée. En revanche, début 2025, le seuil d'exclusion lié au charbon a été renforcé. Dorénavant, le charbon ne doit plus dépasser 1% du chiffre d’affaires de la société considérée, au lieu de 5% auparavant.


















