«La plupart des discours des dirigeants, de nombreux rapports de consultants et même certains travaux académiques commencent par des affirmations péremptoires telles que “Tout va de plus en plus vite”, “Il est devenu impossible de conserver durablement un avantage concurrentiel”, “Les comportements des consommateurs sont devenus imprévisibles” ou “Les ruptures technologiques rendent caduques toutes les certitudes établies”. Par contraste avec un passé présenté comme prospère, tranquille et prévisible – dont les Trente Glorieuses seraient l’archétype universellement regretté –, nous serions entrés dans l’ère de l’instable, de l’équivoque et de l’éphémère. Symbole de ce sentiment généralisé d’accélération, l’acronyme Vuca (Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity), créé au US Army War College à la fin des années 1990, s’est imposé comme une référence obligée pour désigner la prétendue frénésie de notre époque.

Pourtant, qui est l’auteur de cette citation : «Notre monde c’est plutôt l’incertain, le changeant, le variable, l’équivoque, un monde dangereux peut-être, certainement plus que le simple, l’immuable, le prévisible, le fixe» ? Cette paraphrase du Vuca a-t-elle été formulée par Elon Musk, par Jeff Bezos ou par Mark Zuckerberg ? En fait, il s’agit d’une citation de Friedrich Nietzsche, en 1888, dans La Volonté de puissance. De même, qui a dit : «Avant, les événements qui se déroulaient dans le monde n’étaient pas liés entre eux. Depuis, ils sont tous dépendants les uns des autres» ? Ce n’est pas un gourou de l’agilité, un expert du lean management, encore moins un avocat du design thinking. C’est Polybe, le célèbre historien grec du IIe siècle avant Jésus-Christ.

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