
Les quelques professionnels du recrutement qui ont été interviewés pour cet article sont unanimes : le phénomène de ghosting – qui consiste à ne plus donner aucune nouvelle pendant le processus de recrutement - est de plus en plus fréquent. « C’est en progression, constate Zoé Daguenet, DRH externalisée. Tout comme le nombre de candidatures que nous recevons, souvent plusieurs centaines de CV à trier ». Audrey Guidez, membre du bureau national de l’ANDRH, de nuancer : « Cela dépend des postes. C’est plus le cas sur des postes en pénurie pour lesquels les candidats savent que la demande sur le marché est élevée et se sentent en position de force ».
Par exemple, Denis Soune-Seyne, aujourd’hui DRH externalisé, a travaillé en tant que salarié dans des start-up dans l’hôtellerie et dans la tech. Bien qu'il s'agisse de secteurs différents, le phénomène de ghosting y était aussi régulier et identique. Mais, attention, n’allez pas croire que c’est une spécialité des jeunes : « Ce n’est pas forcément une question de génération, avertit Audrey Guidez, membre du bureau national de l’ANDRH. Tous les âges et les postes sont concernés ». Marc Sarwatka, CEO de Proevolution évoque un contexte économique au beau fixe qui pourrait guider ce type de comportement.
Ne pas répondre, ne pas se présenter à l'entretien ...
Mais comment se manifeste ce fameux ghosting ? Il peut prendre plusieurs formes : ne pas répondre aux premières prises de contact qu’elles soient par téléphone ou par mail, ne pas se présenter à un premier entretien, ne plus donner de nouvelles alors que le processus de recrutement est en cours et même, ne plus donner de nouvelles une fois le contrat signé. « Si j’ai cinq entretiens prévus dans la journée mais que seulement deux ont eu lieu, explique Zoé Daguenet. Forcément, cela impacte l’organisation interne. Non seulement j’ai perdu du temps à trier les CV, attendre en visio, etc. mais cela va rallonger le délai de recrutement également ». Avant, la DRH relançait au bout de quelques minutes de retard mais plus maintenant : « Cela ne sert à rien de leur courir après ».
De son côté, Denis Soune-Seyne préférera toujours un candidat qui prévient en assumant de ne pas venir. Certains recruteurs peuvent le pressentir selon le comportement, comme Audrey Guidez qui demande toujours où les candidats en sont dans leur processus de recrutement, s’ils ont d’autres pistes. En tout cas, les recruteurs mettent en place des outils pour diminuer le ghosting : première prise de contact par mail, rappel des entretiens, échanges réguliers… « Quand je fixe des entretiens, je laisse l’éventuelle recrue choisir le créneau, sans imposer d’horaire, raconte Denis Soune-Seyne. En leur laissant la main, je favorise le fait qu’elle soit plus disponible ».
Un juste retour de bâton ?
Si, aujourd’hui, ce sont les candidats qui restent lettre morte, il fut un temps où c’était l’apanage des entreprises : « On en paye les conséquences aujourd’hui, constate Denis Soune-Seyne. Pour moi, le recrutement est une relation. C’est un retour de bâton du soin que l'on n'a pas apporté pendant des années ». Parce qu’à l’époque, les entreprises avaient déjà les mêmes pratiques. « C’était déjà irrespectueux, ajoute Marc Sarwatka. En tant que cabinet de recrutement, je pense que si on a respecté le candidat dans le processus, il nous respectera. Si nous n’avons pas de réponse, il est blacklisté ».
Les candidats se vengeraient des recruteurs qui ghostaient ? Mais qui va baisser la garde en premier ? « Je comprends cette rengaine, la rancœur de deux côtés mais c’est un cercle vicieux dont on peut ne pas sortir », analyse Zoé Daguenet. Je pense que c’est à nous de nous adapter. La société évolue, à nous d’engager les candidats plus en amont .











