«Je me présente, je m'appelle Youri. Je ne suis pas chanteur, mais content manager depuis six ans dans une agence d'inbound marketing. Mon job, c'est de créer du contenu afin de générer du trafic. Et convertir les visiteurs en contacts commerciaux, puis en clients. Je suis compétent. Ecouté. Mais aussi timide, une taupe qui creuse et qui bosse en toute discrétion. Heureusement, ma tâche consiste moins à chercher du prospect qu'à écrire : ici un livre blanc sur un produit, là des template Excel pour cibler les profils d'acheteurs. Confiné du jour au lendemain, comme (presque) tout le monde, je me suis retrouvé sommé de télétravailler quatre jours par semaine. Avec un top manager un peu flic, dosant assez mal confiance et contrôle. Et qui multiplie appels directs, tchat et visioconf. La taupe a dû sortir du trou. Moi qui pensais me sentir moins subordonné en distanciel… Raté.

J'y voyais une émancipation, j'en ai découvert les “bad trips” : sédentarité, procrastination, isolement social… La philosophe Fanny Lederlin décrit bien ça dans Les Dépossédés de l'open space. Dans cette culture forcée du clic, elle observe “une désocialisation du travail, une tâcheronnisation aussi (chacun produit des miettes), un grignotage de nos sphères privées et une dilution du temps libre”. Tout moi. Sans parler du côté Big Brother (ton patron voit chez toi !) ou de ce que la prof d'économie Claudia Senik dénonce comme une “perte d'identité professionnelle”. C'est vrai qu’à 11 heures, face à mon mug fumant, je me suis souvent demandé “Mais qui suis-je encore ?” Me reviennent alors avec nostalgie ces relâches de cantine ou de quiet room passés à rire, bitcher ou parfois même phosphorer de l'idée neuve. On communiquait…

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