
5,2 %. C’est l’écart de salaire qui sépare les hommes et les femmes à la sortie des études, selon la Conférence des grandes écoles. Et ce genre d’inégalités n’épargne pas les secteurs où les femmes sont le plus diplômées. Elles sont nombreuses aujourd’hui à essayer de changer les choses. Comme Léa, vingt-cinq ans, titulaire d’un master de business management de l’université de Sydney, interrogée par Le Monde. «En parlant avec [mes collègues masculins], je me rends compte que je suis payée 32 k [32 000 euros] par an contre 40 k pour eux. J’étais choquée», explique-t-elle. Une différence difficile à combler.
Ce genre de cas est loin d’être isolé. 2082 serait l’année où les femmes gagneraient autant que les hommes si l’écart continue à se réduire à la vitesse actuelle. C’est aussi le nom de l’association d’Elise Bordet, qui s’est donné pour mission d’aider les femmes à mieux négocier leurs salaires. À ses yeux, les inégalités commencent dès l’offre d’emploi, où les femmes ne négocieront même pas leur salaire. «Quand je recrutais, j’avais des candidates qui me remerciaient de les avoir choisies, avant même la discussion salariale, se souvient-elle. On leur a appris à être dans le “care”, à s’assurer que tout le monde est “OK”, à éviter le conflit», explique-t-elle.
De multiples causes d’inégalités
De surcroît, les écarts se creusent au fil de la carrière. Selon l’Insee, le salaire moyen des femmes, tous âges confondus, était inférieur de 23,5 % à celui des hommes dans le secteur privé en 2022. Les causes sont multifactorielles : les femmes choisissent des filières moins rémunératrices, sont moins souvent cadres et sont plus à temps partiel pour s’occuper de la famille. «La lame de fond de toutes ces inégalités, ce sont les stéréotypes», rappelle Pascale Borel, enseignante-chercheuse à l’ESC Clermont Business School, qui a mené plusieurs études sur le sujet.
Pour aider les femmes à négocier, le principal obstacle reste le manque de transparence au sein des entreprises. Mais les positionnements évoluent : «À l’époque, j’avais des jeunes diplômées à peine conscientes du décalage salarial existant, alors qu’aujourd’hui elles le savent très bien et cherchent comment y remédier : apprendre à déterminer leur propre valeur et à l’imposer à un employeur», explique Séverine Jauret, ancienne cadre de l’Essec devenue consultante. Aujourd’hui, les femmes peuvent demander la communication des bulletins de paie des collègues hommes pour constater une inégalité de traitement. Pour qu’une égalité homme-femme arrive avant 2082.



















